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Routes : Pluies et vents sur l’île de Ré

Routes – Pluies et vents dur l’île de Ré. Texte de Pierre d’Ovidio, photo Claude Pauquet.

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    routes Pluies et vents sur l’île de Ré P orte qui ouvre l’année nouvelle, l’inconnu, les promesses d’avenir – et fatalement quelques déceptions qu’on se refuse à envisager d’emblée –, le mois de janvier est généralement propice aux résolutions. Bonnes, en général. Un : arrêter de fumer, pour suivre la pente générale et recouvrer ce qu’on appelle la santé. Deux : vérifier l’excellence de poncifs solidement établis, du genre qu’il n’est pas de meilleur moment, d’occasion plus judicieuse, pour rendre visite à l’océan et à ses îles que de profiter de la morte saison hivernale, alors que la masse des touristes les a désertés… Les flots sont si beaux, l’hiver ! Ainsi, pour nous rassurer et prendre les premiers jours de ce premier mois du bon pied, nous prenons – sans fumer – la direction de l’île de Ré, distante de plus de deux cents kilomètres de notre coin de la Vienne. Poitiers, Saint-Maixent-l’Ecole, Niort, La Rochelle, l’itinéraire est simple, verdoyant, paisible et presque rectiligne. Notre félicité serait sans égale si une pluie, d’abord intermittente, ne s’était installée, durable et se renforçant même avec les rafales d’un vent venu de la mer. Ce déluge ne nous gâche pas le spectacle de la statue érigée à l’entrée de SaintMaixent à la gloire de Denfert-Rochereau, un natif de la ville, colonel du génie, glorieux défenseur et gouverneur de Belfort, une place restée française qui résistera jusqu’à la paix de 1871, lors de la désastreuse guerre franco-prussienne de 1870. Pas plus qu’il ne nous gâte la vision d’un magnifique tombeau en fer forgé rouillé qu’on aperçoit au-dessus du mur du cimetière de la ville. Le pont qui célèbrera ses vingt ans cette année nous offre une première satisfaction. Il impose ses trois kilomètres à notre admiration malgré la brouillasse et la morte saison confirme son premier avantage : le péage est réduit de moitié pour les hardis promeneurs que nous sommes. Certes, notre imprévoyance est telle que la balade projetée le long d’une plage, faute de vêtements de pluie adaptés à la situation, ou du moindre pébroc (qui se serait d’ailleurs retourné comme un gant dans les rafales), prend des allures de sortie désespérée pour rompre l’encerclement d’une place assiégée. Et nous regagnons sagement notre voiture, comme un couple d’Allemands qui a tenté une escapade, mais avec jumelles. Aussi sagement qu’a dû le faire en son temps le glorieux défenseur de Belfort. Assis dans notre fortin, nous contemplons les vagues grises se lancer à l’assaut. Nous baignons dans un romantisme coupé d’humidité. Après avoir erré pour sortir de SainteMarie-de-Ré, nous cognant deux ou trois fois contre son église sans trouver le centre et ses commerces – nous ne les trouverons qu’à notre dernière tentative –, nous gagnons Saint-Martin. Sur la route, nous constatons que la plupart des petites maisons que nous longeons ont leurs volets (diversement peints et non pas en bleu chardon uniforme comme je me l’imaginais naïvement en feuilletant les revues de décoration) aussi clos que les commerces. Saint-Martin ne fait pas exception à la règle que l’on peut énoncer comme suit : de fortes pluies accompagnées de vent soutenu amènent le désert. Strictement humain, le Sahara restant terriblement lointain. Le temps de se garer et de trouver refuge dans un établissement pour un café, nous sommes derechef trempés. Nous nous accordons pour dire – et redire ! – que la ville est bien jolie et doit avoir fière allure en d’autres temps… Enfin, à Ars-en-Ré, un tour piétonnier du bourg expédié et l’examen expéditif de son église au clocher bicolore, nous sacrifions à la visite de la coopérative des salins de l’île. Je ne résiste pas à la tentation d’un gros caramel mou au beurre salé, pas plus à l’achat de sel, gros et fin, histoire de garder une preuve de l’expédition… Sur le retour, nous écoutons Radio Nostalgie et ses tubes dépassés. Les essuie-glaces fonctionnent à merveille. Il faudra revenir… Par Pierre D’Ovidio Photo Claude Pauquet Pierre D’Ovidio a publié Les Enfants de Van Gogh, chez Phébus en 2007, et Claude Pauquet Au bout des Certains, au Temps qu’il fait en 2006. ■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 80 ■ 9 Actu80.pmd 9 02/04/2008, 16:22

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    Actu080avr2008_09

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