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Colonies américaines du mythe à la réalité
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ux XVIIe et XVIIIe siècles, les colonies antillaises – Martinique, Guadeloupe, Saint-Domingue – jouissaient d’une image beaucoup plus positive que la Louisiane ou le Canada, et attiraient bien plus largement les migrants, explique Mickaël Augeron, maître de conférences en histoire moderne et contemporaine à l’Université de La Rochelle. Sur sept migrants qui embarquaient à La Rochelle, six partaient vers les Antilles contre un à destination du Canada ou de la Louisiane. A Bordeaux et à Nantes, la proportion atteignait même vingt-cinq pour un.» Les Antilles étaient présentées comme bénéficiant d’un cadre de vie des plus agréables, alors que la Louisiane, et son climat humide, ou le Canada, réputé pour ses hivers extrêmement froids, véhiculaient l’image de colonies mouroirs. Dans l’esprit des gens aussi, il était beaucoup plus facile de s’installer aux Antilles et d’y faire fortune, qu’au Canada ou en Louisiane. «Dans les faits, le décalage était très grand entre la réalité et l’image que l’on s’en faisait. D’abord, même si le climat canadien est particulièrement rude, le taux de mortalité était beaucoup plus élevé dans les colonies antillaises, à cause
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des maladies certes, mais aussi des privations, voire de la dureté des conditions de travail. Toute l’économie étant orientée vers les cultures de plantation – canne à sucre, café, cacao, indigo… –, les cultures vivrières étaient fortement négligées et les migrants, dans leur majorité, manquaient cruellement des produits de première nécessité. L’espérance de vie y était finalement bien plus basse.» Par ailleurs, il était très difficile de s’établir aux Antilles. Les terres disponibles se faisaient rares, et les migrants ne bénéficiaient d’aucun soutien financier pour les mettre en valeur. A contrario, tout immigrant qui souhaitait faire souche au Canada recevait d’office une terre sur l’une des seigneuries installées sur les bords du Saint-Laurent. «L’image très répandue qu’aux Antilles, chacun pouvait s’enrichir rapidement vient du fait que les fortunes bâties dans ces colonies étaient très visibles dans les ports métropolitains, où les grandes familles qui avaient investi dans le com-
Plan de La Rochelle en 1685. Médiathèque Michel-Crépeau, La Rochelle.
merce de plantation en Martinique, Guadeloupe ou à Saint-Domingue affichaient leur réussite en se faisant construire de splendides hôtels particuliers et en menant des trains de vie souvent somptueux. En réalité, l’essentiel des migrants partis pour les Antilles finissaient dans les rangs des «petits blancs», comme salariés ou journaliers sur les «habitations» (ou dans des secteurs d’activités qui leur étaient étroitement liés), dans des conditions souvent proches de la misère.» A l’inverse, les grosses fortunes réalisées au Canada, dans l’agriculture ou le commerce, étaient beaucoup plus discrètes et moins visibles depuis la métropole. Elles concernaient essentiellement les seigneurs – souvent d’anciens officiers de l’armée royale, dotés de terres par le roi –, et les membres du clergé, tel le séminaire du Québec, l’un des plus grands propriétaires fonciers du Canada. Quant aux migrants ordinaires, la plupart d’entre eux s’embarquaient pour l’Amérique du Nord avec le statut d’engagés, pour trois ou cinq ans. Au terme de leur contrat, la majorité revenaient en métropole : sur 29 000 Français ayant séjourné plus d’un an au Canada, seuls 9 000 ont fait souche. «Ceux qui choisissaient de s’implanter devaient affronter une vie rude et dangereuse, du fait du climat mais aussi des menaces incessantes que faisaient peser Indiens et Anglais. Tous ne devenaient pas fortunés, mais, grâce aux ressources de leur lopin de terre et aux compléments issus des produits de la chasse et de la pêche, ils disposaient au minimum des moyens de nourrir une famille, même relativement nombreuse.»
Mireille Tabare
LES HUGENOTS ET L’ATLANTIQUE
Mickaël Augeron, Didier Poton et Bertrand Van Ruymbeke ont réuni des auteurs d’une dizaine de pays pour écrire Les Hugenots et l’Atlantique, XVIe- XXIe siècles, ouvrage en 2 volumes à paraître aux Presses de l’Université Paris-Sorbonne / Les Indes savantes : Pour Dieu, la Cause ou les Affaires (vol. 1), Racines et mémoires (vol. 2).
■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 81 ■
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01/07/2008, 14:52
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