// vous lisez...

Article - auteurs : - - - -

Echanges

Echanges - Cousins mais très lointains. Antoine Cantin-Brault prépare un doctorat de philosophie en cotutelle entre l’Université Laval de Québec et le Centre de recherche sur Hegel et l’idéalisme allemand de l’Université de Poitiers. Propos recueillis par Gabriele Badea et Catalina Gaidau, photo Jean-Luc Terradillos;

Le français au Canada anglophone. Originaire de la Nouvelle Ecosse, Robin Westhaver a effectué des études de français à Acadia University à Wolfville. Cette année, elle était lectrice d’anglais à l’Université de Poitiers dans le cadre d’un échange entre les deux universités. Par Gabriele Badea et Catalina Gaidau. photo Jean-Luc Terradillos;

L’impro pour trait d’union. Avec Nicolas Hay, président de la Ludi Poitiers. Par Alexandre Duval, photo Olivier Laffargue;

Passion Histoire. Clud d’histoire de Tonnay-Charente. Par Mireille Tabare.

Cet article en archive

Sauf exception, les billets et les fac-similés de la revue sont publiés sous licence Creative Commons : paternité - pas d'utilisation commerciale - pas de modification.

  • Texte brut (généré automatiquement) ouvrir...
    fermer...

    ANTOINE CANTIN-BRAULT Cousins mais très lointains J eune enseignant de philosophie à Québec, Antoine Cantin-Brault prépare un doctorat de philosophie en cotutelle entre l’Université Laval de Québec et le Centre de recherche sur Hegel et l’idéalisme allemand de l’Université de Poitiers, sous la direction de Thomas De Koninck et de Jean-Louis Vieillard-Baron. Ayant fait une partie de sa maîtrise en Allemagne, il a choisi de poursuivre ses études en France. L’Actualité. – Comment s’agence votre sujet de recherche ? Antoine Cantin-Brault. – Mon sujet concerne le lien entre Héraclite (550-480 av. J-C) et Hegel. Je me propose d’étudier l’affinité de Hegel pour Héraclite, nourrie d’une pensée semblable du temps et du devenir. Pour les deux philosophes le temps fait partie de l’absolu ou de Dieu ou du monde en général. Autrement dit, les deux penseurs laissent place à la contingence, au mouvant, à la finitude et incluent ce côté négatif de la réalité dans la totalité du réel. Dieu se forme à travers les produits du monde, mais ceux-ci sont marqués par une condition ontique qui les fait un jour disparaître. Tout ce qui existe disparaît, tout ce qui vient au monde Le fait d’être à Poitiers vous a-t-il aidé ? va mourir. Et c’est à travers cette venue et cette mort, à travers les oppositions du monde, qu’on peut voir qu’il y a une unité, un Dieu, un absolu. Dieu est omniprésent, il vit de la mort des autres choses, il se donne pour s’appartenir. Héraclite et Hegel sont deux penseurs qui ont assumé le devenir, ils se sont décidés à intégrer le devenir à la perfection. Au fond, ce qui est parfait devient, change, se transforme pour finalement se constituer. Le monde existe, se constitue et se fait luimême à travers le changement. J’avoue que je n’avais pas encore réussi à écrire avant de venir ici. Poitiers est une ville calme, paisible qui permet de bien travailler. Votre identité québécoise a-t-elle joué un rôle dans les relations avec les Français ? Oui, décidément. C’est surtout à cause de la langue. Il y a un écart entre nos manières de parler, qui fait que le français québécois soit perçu comme un français du Moyen Age, comme un français un peu désuet. Quant à la langue écrite, il est vrai que la littérature de chez moi est souvent marquée par un souci de montrer son identité, ce qui fait que les écrivains préfèrent employer des expressions québécoises, ce qui aboutit parfois à des romans culturellement limités. Ce 400e anniversaire de la fondation de Québec est un signe d’une volonté de la part de Québécois de renouer avec leurs racines françaises. Cela renvoie à la manière dont a été utilisé l’argument de la francophonie dans la controverse séparatiste au Québec. Notre francophonie a été invoquée comme un point d’appui pour se forger une identité propre à l’intérieur du Canada. Certains Québécois se pensent comme les «cousins» des Français. Plus précisément, ils s’imaginent que les Français emploient cette drôle d’expression pour les définir. En voyageant un peu en France, on se rend compte qu’en effet ce «cousinage» n’est pas le reflet de la manière dont la majorité des Français se rapportent au Québec, mais que c’est plutôt une relation unilatérale. Il y a un acharnement de certains Québécois à se voir dans la France pour se définir et à faire intervenir la France dans des débats d’identité, alors que règne du côté français un certain réalisme concernant la nature différente des deux peuples et le Français moyen ne semble pas avoir la fibre québécoise… On est des cousins, mais des cousins très lointains. Le voyage nous confronte vraiment à la fragilité de l’identité québécoise, au fait que l’appartenance à la francophonie n’est peut-être pas assez solide pour pourvoir à nos besoins de savoir qui nous sommes. Alors, il me semble que ce 400e est une bonne occasion d’essayer de définir l’identité québécoise de manière locale, de la refonder mais en cessant de regarder exclusivement vers la France, car l’attachement que nous avons pour la France n’est pas réciproque. Ce n’est pas une chose mauvaise, loin de là, les Français sont des gens très chaleureux et j’étais très chanceux à me voir bien accueilli, à bras ouverts même, partout où j’ai voyagé. C’est juste une question de réalisme peut-être et de mieux gérer une identité qui est, soyons francs, difficile. Propos recueillis par Gabriele Badea et Catalina Gaidau J.-L. T. 20 ■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 81 ■ Actu81.pmd 20 01/07/2008, 16:53 échanges ROBIN WESTHAVER Le français au Canada anglophone riginaire de la Nouvelle Ecosse, Robin Westhaver a effectué des études de français à Acadia University à Wolfville. Cette année, elle était lectrice d’anglais à l’Université de Poitiers dans le cadre d’un échange entre les deux universités. Le français représente pour Robin un choix de vie. En effet elle est issue d’une famille mixte, franco-anglophone, mais le français n’est pas sa langue maternelle. Comme elle a commencé à l’apprendre depuis son plus jeune âge, elle a fait l’expérience du système d’enseignement du français à tous les échelons dans une zone anglophone d’un pays qui se veut officiellement bilingue. Robin explique qu’il y a principalement deux manières d’apprendre le français à l’école dans la partie anglophone : soit en intégrant une école francophone, soit en participant au programme d’immersion. Dans une école francophone, tous les enseignements sont dispensés en français, mais l’accès est réservé aux élèves d’origine francophone. L’immersion fait partie d’un programme d’encouragement du bilinguisme dans les parties anglophones et consiste à prendre un nombre de matières scolaires O données en français. Il y a plusieurs points d’entrée dans le système d’immersion en Nouvelle Ecosse. On peut commencer soit à partir de 5 ans, soit à l’âge de 11-12 ans. «En dépit de l’origine québécoise de ma mère, faute d’une école francophone dans ma région, j’ai commencé par l’immersion, raconte Robin. C’est une bonne idée, mais en pratique, pas très utile. En effet, les enseignants sont des anglophones qui ont appris le français comme langue seconde, alors ils vont transmettre un accent anglophone.» D’autre part, les enseignants sont recrutés d’abord pour enseigner leur discipline, ce qui prime sur leurs compétences en français. Robin souligne par ailleurs que l’enseignement du français souffre aussi à cause du désintérêt des jeunes. Extrêmement utile sur le marché du travail, surtout pour les emplois dans le domaine public, l’attractivité du français pour les jeunes est toutefois minime. Apparemment ce n’est pas «cool..» : pas d’émissions ou chaînes de TV populaires en français, ni de radios. Après l’ouverture d’une école francophone à Halifax, Robin est allée suivre des cours donnés par des locuteurs natifs. Mais l’expérience «francophone» a eu aussi ses côtés négatifs. Comme l’origine francophone était une condition obligatoire pour suivre les cours de l’école, il y avait très peu d’élèves et le choix des cours était très réduit. Robin a dû revenir au système d’immersion. En dépit des efforts gouvernementaux d’implantation du français dans les zones anglophones, les seuls qui ont une chance réelle d’atteindre de façon naturelle un bilinguisme personnel sont les habitants du Québec et du Nouveau Brunswick ou ceux qui ont le français comme langue maternelle. Pour le reste, comme pour Robin, le français reste une affaire d’affinité personnelle et qui exige beaucoup de travail linguistique. Gabriele Badea et Catalina Gaidau MOBILITÉ PROFESSIONNELLE DES JEUNES La Région Poitou-Charentes a signé une convention avec l’Office francoquébécois pour la jeunesse (OFQJ) afin de proposer aux jeunes pictocharentais (18-35 ans) : des stages de perfectionnement pour de jeunes demandeurs d’emploi au Québec dans le cadre du programme de l’OFQJ ; des missions exploratoires ou commerciales au Québec pour de jeunes créateurs d’entreprises dans le cadre du programme de l’OFQJ ; des participations de jeunes de Poitou-Charentes aux délégations organisées par l’OFQJ sur des thématiques phares de la coopération franco-québécoise et sur des événements porteurs identifiés au Québec. Ces délégations concernent en particulier l’entrepreuneuriat jeunesse, la culture, la citoyenneté et le développement durable. http://quebec2008.poitoucharentes.fr www.ofqj.org 21 J.-L. T. ■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 81 ■ Actu81.pmd 21 01/07/2008, 16:53 échanges L’impro pour trait d’union E n 1981, la LNI (Ligue nationale d’impro) québécoise effectue une tournée de démonstration qui fait étape à Poitiers. La formule séduit – deux équipes de sept joueurs se rencontrent sur une mini patinoire de hockey pour inventer ensemble et en un temps limité des histoires parodiant aussi bien Shakespeare que le style du roman-photo, le tout animé par un maître de cérémonie et ponctué par des interventions musicales – et bientôt la première ligue hors Québec va voir le jour en France. A l’échelle du PoitouCharentes, avant de rebondir en 1997 avec la création de la Ludi Poitiers, le concept de match d’impro prend racine du côté de Niort. D’Aiffres plus précisément, avec l’Association des ligues d’impro de Niort et ses environs, aujourd’hui Aline et compagnie. A l’instar de Nicolas Beauvilain qui présidera la Ludi Poitiers, les premiers professeurs à enseigner l’improvisation sur le campus poitevin viennent des Deux-Sèvres. Les deux associations partagent la même approche du match d’improvisation. «Au niveau des ligues professionnelles, il existe une exigence artistique par rapport au concept de match d’impro afin que l’on puisse aller dans toutes les formes théâtrales. Ce n’est pas juste de l’impro, c’est de l’impro théâtrale», résume Nicolas Beauvilain. L’actuel président de la Ludi Poitiers, Nicolas Hay, conçoit le match d’improvisation comme «un espace où les acteurs viennent créer des histoires» et non pas un lieu où des équipes s’affrontent. Cette exigence l’a lui-même conduit à rejoindre une troupe théâtrale après avoir débuté par l’improvisation. «L’impro, c’est une question de répartie, de réflexion intellectuelle mais c’est aussi savoir incarner un personnage, créer une histoire. Il y a des choses qui se travaillent. Il faut avoir des bases de théâtre pour construire un univers.» Si les matchs d’impro sont la vitrine de la Ludi Poitiers, les ateliers menés tout au long de l’année sont la principale raison d’être de l’association. En match, deux écueils majeurs sont à éviter : la blague facile et chercher à se mettre en avant. L’arbitre et ses assistants jouent un rôle pédagogique vis-à-vis du public en intervenant au cours d’une scène. Ils sont là pour recadrer le jeu en sanctionnant les fautes commises au détriment de l’écoute entre acteurs (cabotinage, décrochage, rudesse). «A Poitiers, on est très “conservateurs”, estime Nicolas Hay, qui n’est pas en faveur de l’élection d’un meilleur joueur à l’issue du match. Il y a quelque chose d’ambigu car ça pousse les gens à faire leur show.» Sur le terrain de l’impro, les liens avec le Québec perdurent. Aline et compagnie a fait une tournée québécoise. Et chaque année en mai, l’équipe de la Liqa (Ligue d’improvisation de Québec amateurs), constituée pour l’occasion de la tournée, vient notamment «défier» l’équipe de la Ludi Poitiers. Alexandre Duval L’équipe des Restons calme dans la dignité, de Bordeaux. Olivier Laffargue PASSION HISTOIRE «Le Club d’histoire de TonnayCharente est né d’un constat. L’histoire de la cité, qui fut un port très important au Moyen Age et demeura jusqu’au début du XXe siècle le principal port du cognac, demeure très mal connue du public et de nous-mêmes, explique Françoise Bonnin, animatrice bénévole du club. Créé il y six ans au centre social, le club rassemble une population très variée, dont quelques spécialistes, mais surtout des habitants passionnés par l’histoire de leur ville et désireux de la faire mieux connaître.» De premières investigations dans les archives de la Marine ont ainsi permis de découvrir qu’il existait probablement à Tonnay-Charente une activité de construction navale antérieure à l’implantation de l’arsenal de Rochefort. 22 «Certains membres du club se sont lancés sur les traces des habitants de Tonnay-Charente partis aux XVIIe et XVIII e siècles vers le Nouveau Monde. Ils ont répertorié une quinzaine de migrants vers la Louisiane et le Québec, dont deux filles du roi.» On trouve notamment plusieurs familles liées au commerce du cognac, comme la famille Augier, correspondante des cognacs Martel et fournisseur de la Marine, qui s’est installée à Louisbourg en 1752, ou la famille Allenet, commis de la Maison Augier. Josette Arrivé s’est intéressée au destin d’un de ses ancêtres, Pierre Arrivé, embarqué en 1662 pour la Nouvelle-France, et qui a fait souche à Boucherville, près de Montréal. Elle a pu retracer son parcours. Marié en 1673 à Boucherville, Pierre Arrivé a eu 12 enfants, il a exercé le métier d’agriculteur et, à un moment donné, celui de boulanger. Il a été inhumé à Boucherville en 1708. «Josette Arrivé a même réussi à entrer en contact avec un descendant de Pierre Arrivé au Québec, Alfred Larivée, un ecclésiastique, et depuis, ils correspondent régulièrement.» «Le club publie un bulletin semestriel, Les Cahiers de la Charente, et organise des conférences avec des historiens, activités qui rencontrent un grand succès auprès de la population. Nous pouvons compter aussi, pour mener nos recherches, sur l’aide des sociétés d’histoire et des historiens locaux.» Mireille Tabare ■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 81 ■ Actu81.pmd 22 01/07/2008, 16:54

    fermer...
  • Téléchargement du fichier au format pdf (464 ko).
  • Fac-similé scribd (attention! ce type de visualisation n'est pas toujours fidèle à l'original) :
    actu081juil2008_20-22.

Discussion

Aucun commentaire pour “Echanges”

Poster un commentaire