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Gérard Tisserand

Gérard Tisserand, artiste de l’inconfort. 1968-2008, « Gérard Tisserand, entre deux mai ». Alors que le Grand Palais consacre une exposition à la figuration narrative, l’un de ses représentants fait l’objet d’une rétrospective à Angoulême.

Par Astrid Deroost, Photos Claude Pauquet et Yves Sacquépée.

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    Actu81.pmd 104 30/06/2008, 18:07 Gérard Tisserand artiste de l’inconfort 1968-2008, «Gérard Tisserand, entre deux mai». Alors que le Grand Palais consacre une exposition à la figuration narrative, l’un de ses représentants fait l’objet d’une rétrospective à Angoulême Par Astrid Deroost Photos Claude Pauquet et Yves Sacquépée Gérard Tisserand dans son atelier à Bourras, en Charente, devant une grande toile en cours et un tableau de 1993, Le Mimétisme des Gnomes Stories (70 x 104 cm). Photo Claude Pauquet. Actu81.pmd 105 01/07/2008, 15:38 Yves Sacquépée D 1. Fondé en 1949 à l’initiative de Paul Rebeyrolle, le Salon de la Jeune peinture accueille des peintres pratiquant une figuration traditionnelle, Eduardo Arroyo, Henri Cueco, Gérard Tisserand... Les mêmes seront à l’origine de son renouveau. 2. La première grande exposition de la Figuration narrative, Mythologies quotidiennes, est organisée en 1964 par Télémaque, Gassiot-Talabot, Rancillac. es pigeons au pied des barricades, des pavés plus gris qu’un soir sans lendemains chantants, pas même murmurants. Dans son atelier de Bourras en Charente, Gérard Tisserand raconte une nouvelle histoire. Met l’ultime touche, grinçante, au réalisme d’une désillusion. «Pour moi, la plus belle image, c’est 68», glisse le peintre que n’a jamais quitté l’idéal communiste malgré la rupture, en 1956, avec le Parti. Il avait 22 ans. Sa toile aux pigeons, quarante ans après l’historique printemps, après l’époque contestataire, irrévérencieuse, du Salon de la Jeune peinture puis de la coopérative des Malassis, parachèvera l’exposition rétrospective d’Angoulême. Gérard Tisserand, Entre deux Mai, jusqu’au 30 août. Natif de Besançon, diplômé des Beaux-Arts de Dijon, professeur à Angoulême pendant trois décennies, Gérard Tisserand «monte» à Paris dès l’âge de 21 ans pour faire de la tapisserie, méthode Aubusson. Mais il entre rapidement en peinture, encouragé par les maîtres Paul Rebeyrolle et Bernard Lorjou. Son activité picturale se double de militance : la Ruche, cité de créateurs bohèmes où il demeure et squatte, est à défendre. La vie d’artiste tient toutes ses promesses. Tisserand peint, vend (relativement) et s’engage dans l’aventure de la nouvelle figuration hostile à l’abstraction. Il accompagne les questionnements radicaux qui, dans les années 1960, agitent le Salon de la Jeune peinture1. «Creuset d’une nouvelle peinture qui se refusait à exclure la politique des préoccupations immédiates des peintres, et cela jusque dans la pratique picturale elle-même, écrit en 1977 le critique JeanLouis Pradel. Un travail analytique sur l’image devient alors le moteur central de cette peinture figurative qualifiée de narrative ou critique.» L’hétéroclite Figuration narrative2 – à laquelle sont associés les noms d’Arroyo, Cueco, Rancillac, Tisserand, Télémaque, Monory, Fromanger, Adami, Klasen, Recalcati... – utilise et détourne l’imagerie populaire contemporaine (publicité, cinéma, bande dessinée), intègre, dans la composition de ses œuvres, le récit et la durée. Le critique Gérald Gassiot-Talabot théorise : «A la dérision statique du pop américain, ils (les artistes) opposent tous la précieuse mouvance de la vie.» LA COOPÉRATIVE DES MALASSIS Tisserand peint contre l’art abstrait et son corollaire institutionnel, contre les marchands, contre l’esthétisme bourgeois, contre le statut et l’individualité de l’artiste... Pour lui, l’art est un outil collectif de transformation sociale. En 1968, il participe naturellement à l’Atelier populaire organisé par les étudiants de l’Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris, d’où sortent les affiches emblématiques des événements de mai. En 1970, il crée la coopérative des Malassis, du nom de son quartier de Bagnolet, avec Henri Cueco, Lucien Fleury, Jean-Claude Latil et Michel Parré. «Il y avait deux cocos, un PS, un anar et moi, exclu du PC, devenu PSU. J’ai trouvé que ce nom correspondait bien à nos engagements politiques différents», explique l’artiste. Leurs œuvres sont collectives, dérangeantes, démesurées et donc presque invendables. Souvenirs : Le Grand 106 ■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 81 ■ Actu81.pmd 106 01/07/2008, 15:39 Le Peuple guidant la Liberté, 1982, acrylique sur toile 150 x 550 cm, coll. de l’artiste. Méchoui ou 12 ans d’histoire – récente, satyrique – de France, succession de scènes longue de 65 mètres conviée à l’exposition pompidolienne sur l’art contemporain (1972), tout aussitôt décrochée par les auteurs pour cause de présence policière devant le Grand Palais. «L’expo la plus courte de l’histoire de l’art», plaisante le peintre. Ou les 2 000 m2 de fresques peintes sur la façade d’un centre culturel grenoblois qui, sur une citation de Géricault, dénoncent la Dérive de la Société (1974-1975). «On ne faisait pas des objets, explique Gérard Tisserand. On racontait la réalité, des histoires qui parlaient des problèmes des gens et ce qui nous intéressait, c’était que le gens comprennent.» La guerre du Vietnam, le suicide du professeur Gabrielle Russier, les scandales immobiliers, le pouvoir de l’argent, le carcan du confort... Chaque œuvre est un acte engagé dans le réel de la cité. Les Malassis exposent en Italie, en Espagne, en Allemagne, un peu en France et vendent une œuvre, la seule, au musée des Beaux-Arts de Dole, baptisée, avec l’humour qui les caractérise, Les Affaires Reprennent ! Mais l’expérience, effervescente et jubilatoire, de la coopérative s’ensommeille à la fin des années 1970. Le Camembert du Bonheur, œuvre dérivée d’une regrettée défaite de la gauche, est la dernière du groupe. Elle est réalisée en 1978 et en direct dans les rues d’Angoulême, théâtre pendant plusieurs années de symposiums sur l’art organisés par Gérard Tisserand. Depuis l’artiste joue, en solo, des images, des mots et des références pour brocarder la société, dire ses révoltes intactes et quotidiennes. Et alors que des expositions revisitent l’épisode révolu de la figuration narrative, Gérard Tisserand sait l’inconfort du constat. «On est devenus historiques», reconnaît-il, entre plaisir et regret. ■ A Angoulême, Gérard Tisserand, entre deux Mai, exposition organisée par l’Association du centre d’arts plastiques d’Angoulême (Acapa), jusqu’au 30 août à l’Espace Franquin. 05 45 37 07 37 A Paris, Figuration narrative Paris, 1960-1972, Galeries nationales du Grand Palais, jusqu’au 13 juillet. La Coopérative des Malassis, film de Bertrand Desormeaux, DVD Trafic image. Yves Sacquépée Portrait de Marcel Dassault en pied, 1968, acrylique sur toile, coll. de l’artiste. ■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 81 ■ 107 Actu81.pmd 107 01/07/2008, 15:39

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