fermer... LOUIS-ARMAND GARREAU
Entre Charente et Louisiane
omme chacun sait depuis Chardonne, les Fauconnier et quelques autres, Barbezieux est une capitale littéraire essentielle du XXe siècle. Faudra-til y ajouter Louis-Armand Garreau (1817-1865) pour le XIXe siècle ? C’est la question que l’on peut se poser après les rééditions en Louisiane de deux volumes des œuvres de cet auteur très méconnu, mais dont l’histoire ne laisse pas indifférent. Né à Cognac, chef d’institution (directeur de pension) en Gironde, républicain convaincu sous la Monarchie de Juillet, Louis-Armand Garreau succombe, comme bien d’autres, au mirage américain. Il y émigre avec son épouse en 1841. Installé à la Nouvelle Orléans, il y devient à nouveau maître de pension. Mais ce n’est là que l’écume de ses préoccupations. Garreau veut percer dans
C
les lettres. Fondateur d’un journal local, il entreprend la rédaction d’un roman historique, Lousiana, que l’on qualifierait aujourd’hui de fondateur. Il y dramatise en effet la première tentative d’indépendance des futurs Etats-Unis d’Amérique : celle menée par quatre Louisianais d’origine française contre le pouvoir colonial, alors espagnol à la suite du traité de Paris de 1763. Revenu en France en 1850, Garreau rejoint sa Charente natale. Mais à Barbezieux. Il y devient imprimeur, éditeur de journaux locaux et auteur régional. Le roman feuilleton est alors un des arguments de vente de la plupart des journaux de l’époque. Il y sacrifie avec plaisir et quelquefois anxiété. Car il écrit sans plan et au jour le jour… Le temps de faire des médiocres affaires et surtout de se créer quelques ennemis
bien en place, dont le maire de Barbezieux, bonapartiste après avoir été royaliste, Louis-Armand Garreau part à Paris. Il y devient une nouvelle fois maître de pension. Et il continue de publier dans la presse quotidienne. Essentiellement des nouvelles inspirées par son expérience louisianaise. Les difficultés de la vie quotidienne pour les républicains sous l’empire autoritaire, l’embellissement du souvenir des années précédentes le ramènent en Louisiane, avec femme et enfants. Il y meurt en 1865. Pratiquement oublié depuis (à l’exception notamment d’un article dans la Revue d’Aunis et de Saintonge, d’un autre dans la Revue barbezilienne et de notices ici et là), Garreau vient d’effectuer un retour remarqué en Lousiane. Les éditions universitaires Tintamarre y ont publié successivement son grand œuvre local (Louisiana) et un volume rassemblant quelques nouvelles louisianaises (Bras coupé et autres récits louisianais). Le tout enrichi de présentations et de notes établis par d’éminents universitaires du cru. Et elles ont mis sur le net (www centenary edu/edition) deux nouvelles relevant de sa double inspiration (charentaise et américaine). Avant de se lancer dans la recherche de ses œuvres charentaises (un roman relatant la révolte des Péteaux de 1548, décrit comme son meilleur par un de ses rares lecteurs, et un autre consacré à l’île de Ré au VIe siècle et à son plus fameux enfant : le serf Leudaste devenu comte mérovingien), le lecteur intéressé pourra ainsi prendre en ligne un premier contact avec la plume de Garreau. Elle ne sera pas désagréable. Garreau sait écrire. Et il bâtit ses scenarii de manière attractive.
Jean-Paul Bouchon
Marc Deneyer
Dessin représentant La Nouvelle Orleans, extrait d’une carte des Etats-Unis, 1854, de Calvin Smith. Bibliothèque municipale de Rochefort.
■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 81 ■
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02/07/2008, 09:48
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