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Voyage en Icarie

Voyage en Icarie. Une utopie française en Amérique, de 1848 à 1898, inspirée et en partie conduite par Etienne Cabet, théoricien du communisme icarien.

Poitevins et Charentais en Icarie.

Par Véronique Mendès, doctorante en histoire contemporaine à l’Université de Poitiers. Illustrations: BnF, Fonds Dubois de la Bibliothèque universitaire de Poitiers,  Photos Christian Vignaud.

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    utopie Une utopie française en Amérique, de 1848 à 1898, inspirée et en partie conduite par Etienne Cabet, théoricien du communisme icarien Par Véronique Mendès Voyage en Icarie illiam Carisdall, jeune lord anglais, est en quête de la perfection sociale. A Londres, chez des amis du général Lafayette, il tombe sur un livre de grammaire icarienne qui décrit la société idéale. Si le bonheur existe, il est en Icarie. Après un voyage qui ressemble à un chemin de croix, le jeune homme parviendra au pays de la félicité sociale. La vie icarienne, très bien réglée, répond à une définition mathématique du bonheur. Cette société est devenue parfaite après deux révolutions. De cette geste populaire émerge Icar, le dictateur éponyme, le guide, à la fois père et dieu. Quand William rentre à Londres, il a perdu la raison – Icarie veut garder ses secrets – mais son journal intime est retrouvé par un Français qui va le publier sous le titre : Voyage en Icarie. En réalité, ceci est un conte, tout droit sorti de Le drapeau icarien l’imagination et de la plume d’Etienne Cabet (1788dessiné par Etienne 1856), théoricien de cette utopie communiste. Cabet, 1848. BnF Avocat dijonnais, nommé procureur Véronique Mendès, doctorante en général en Corse par Louis-Philippe, histoire contemporaine à l’Université puis élu député de la Côte-d’Or, il de Poitiers, allocataire de recherche est condamné à deux ans de prison de la Région Poitou-Charentes, ferme pour un article de presse jugé travaille sur une communauté délictueux paru dans Le Populaire, de Français émigrée aux Etats-Unis journal qu’il a fondé en 1833. Il pour fonder une société idéale en commue alors sa peine en cinq ans 1848. Sa thèse, «Voyage en Icarie, d’exil à Londres durant lequel il la tentation identitaire ? 1848-2008», imagine la société idéale. Icarie est est dirigée par Frédéric Chauvaud. son paradis imaginaire. Cette cité est la prophylaxie à sa détresse sociale. Les personnages du roman sont les contemporains que Cabet côtoyait lors de sa période d’activité politique. Il les fait revivre le temps de l’écriture. Cependant Voyage en Icarie n’est pas un conte philosophique banal, c’est avant tout un roman politique qui veut inventer un monde nouveau. Cabet a deux modèles révolutionnaires : 1789 et 1830. W Icarie est un territoire imaginaire avec sa propre langue, ses propres règles, où l’argent n’existe pas, à l’instar de l’Utopia de Thomas More. En Icarie, une égalité absolue règne sans compromis. La propriété y est abolie. De cette utopie communautaire émerge alors une terminologie peu usitée auparavant et un nouveau parti qui aura un long avenir politique : le communisme. Afin de rallier la majorité à cette nouvelle théorie, Cabet n’hésite pas à faire de Jésus-Christ, modèle incontournable, le premier communiste de la terre. Publié en 1842, le livre de Cabet a du succès dans les milieux populaires mais, rapidement, le communisme icarien effraie la bourgeoisie. Les communistes sont persécutés par la Monarchie de Juillet. A Buzançais, en 1847, trois Icariens sont guillotinés pour l’exemple. Dans les lettres envoyées à Cabet, on apprend que la police perquisitionne chez ceux qui sont soupçonnés de détenir le conte subversif. Les Icariens témoignent : lors des sermons dominicaux, les curés interdisent aux paroissiens de lire cet ouvrage, les patrons licencient les ouvriers lisant Voyage en Icarie lors des pauses déjeuners. Ces persécutions font de Cabet un martyr. Ainsi, il redouble son influence. Un couple d’ouvriers remercie les gendarmes de les avoir appelés «les Cabet». Des lettres d’admirateurs inondent le bureau du Populaire. Ils vénèrent Cabet, l’appellent «Père». Il leur a permis de se penser différemment : «Vous qui nous faites si grands !» répètent-ils. L’Icarie de Cabet est désormais leur seul espoir. Le contexte économique de 1847 et la coercitive Monarchie de Juillet incitent les communistes icariens à penser à un ultime passage à l’acte : la fondation d’Icarie. Le 9 mai 1847, Le Populaire titre en gros caractères : Allons en Icarie !. Les dés sont jetés. Des bureaux de recrutement se mettent en place en France, dont un à Niort. Les dons affluent ; vêtements, graines, outils, argent deviennent des parcelles de France en partance pour Icarie. Mais personne ne sait encore où l’utopie va se territorialiser. En France, c’est politiquement impossible. Cabet hésite. L’Angleterre, où il a ren- 90 ■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 81 ■ Actu81.pmd 90 01/07/2008, 17:01 Actu81.pmd 91 30/06/2008, 18:06 contré l’industriel philanthrope Robert Owen, figure parmi les terres d’élection. Après bien des mystères et de longues discussions avec Owen, Cabet se laisse séduire par le tenancier sans scrupules d’un bureau d’émigration. Il leur promet des millions d’acres en Amérique. «Ce sera au Texas !», écrit alors Cabet sur l’almanach icarien de 1848. Le Nouveau Monde offrait toutes les garanties pour créer ex nihilo un territoire de l’imaginaire. Ils sont 69 à embarquer du Havre, le 3 février 1848. En autodétermination identitaire, ils partent Français et arrivent Icariens après plus de cinquante jours de traversée. A leur arrivée, le 27 mars, ils apprennent la proclamation de la Seconde République. C’est un choc. Et si Icarie était réalisable à Paris ? Ils n’ont appris à connaître cette société idéale qu’à travers un livre, le journal Le Populaire et des cours du soir mais il est trop tard. Ils ont tout vendu pour traverser l’Atlantique. D’autres départs s’organisent dans la liesse. Dix convois se succèdent jusqu’au 18 décembre 1848. Ainsi, 496 Français veulent devenir Icariens. Pourtant les premières nouvelles qui arrivent d’Icarie texane à Paris en août 1848 ne sont pas brillantes : choléra, mort, désertion. La presse se déchaîne contre les socialistes utopiques. Des caricatures et des articles assassins raillent les déserteurs de France. Cet été-là, un vaudeville, La Cabétise, Voyage en Ignarie, est joué au Théâtre des délassements comiques, à Paris. Pierre-Joseph Proudhon compare les Icariens à «des huîtres accrochées au rocher de la fraternité». Karl Marx critique violemment cette théorie non scientifique du socialisme. MAUVAIS RÊVE AU TEXAS : UNE ESCROQUERIE Smith. Avec le peu d’argent qu’il reste dans la caisse de la communauté, ils achètent à vil prix une partie du domaine, terres et bâtiments, et louent le reste. Icarie est enfin fondée. Les Américains jugent rapidement les Français : ivrognes et bagarreurs. Le shérif doit souvent intervenir. Dans le microcosme icarien, tous les défauts humains sont exacerbés. Cette déception, en Icarie et en l’humanité, provoque encore des défections. Ceux qui restent sont des «hommes impurs», selon Cabet. C’est pourtant à Nauvoo que l’expérience icarienne s’organise. Cette communauté vit dix ans. Le village de la félicité sociale se coordonne autour du bâtiment du réfectoire. Il est décoré avec les devises du conte et les relations commensales sont fédératrices. Une école est aussi créée. Elle est le meilleur instrument du prosélytisme icarien. Cette colonie compte, à son pic démographique, cinq cents Icariens, dont beaucoup sont envoyés par les bureaux de recrutement de Paris et de la province. Pendant ce temps, en Amérique, c’est la stupeur. Les concessions de terres texanes, au nord de Dallas, s’avèrent être une escroquerie. En pleine ruée vers l’or, le Nouveau Monde est une jungle. Les désertions d’Icarie se multiplient. Elles avoisinent les deux cents. En 1849, de retour au pays natal, d’ex-Icariens assignent Cabet en justice. Ils se plaignent de ce qu’ils ont subi dans le monde si prometteur qu’on leur avait présenté. Leur discours est aggravant. Cabet sera finalement acquitté en juillet 1851, mais la leçon est sévère. Il mesure alors sa responsabilité morale et surtout l’effet qu’a eu son roman. Au Texas, les Icariens doivent quitter la colonie. Ils se réunissent tous à la Nouvelle-Orléans et louent un immeuble. Cabet les rejoint enfin en mars 1849. C’est un soulagement. Ils partent alors à Nauvoo, en Illinois, ville située à plus de 1 000 km au nord. Icarie devient une quête : quinze jours sur le Mississippi, vingt morts du choléra… A Nauvoo, les nomades français prennent la place des Mormons, partis précipitamment après l’assassinat de leur prophète Joë 92 Christian Vignaud Les difficultés apparaissent avec l’apprentissage de la vie en communauté. Les Icariens doivent travailler autant que dans le pays d’où ils viennent, sinon plus. Les premières dissensions auront pour cause l’interdiction par Cabet du tabac et de l’alcool, et la réglementation des mœurs. Pourtant en France, les critiques des expériences communautaires sont unanimes. On fantasme beaucoup sur les Icariens et la communauté passe pour une vaste maison close. DESTITUTION ET MORT DE CABET EN 1856 La première guerre icarienne éclate en 1855, une lutte sans pitié. L’opposition contre Cabet ne fléchit pas. Le 3 février 1856, date anniversaire des premiers départs, la révolution icarienne explose. Lors de la «nuit mémorable», le 13 mai 1856, la destitution de Cabet ■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 81 ■ Actu81.pmd 92 01/07/2008, 17:01 utopie est proposée. Cette nouvelle anéantit le fondateur. Il quitte la colonie puis décède, à Saint-Louis, dans l’Etat du Missouri, le 8 novembre 1856, des suites de cette mutinerie. Trois colonies icariennes vont alors coexister. Celle de Nauvoo, la communauté coupable, celle de Corning en Iowa, tout juste fondée par une vingtaine d’Icariens en prévision d’une Icarie définitive, et celle de Saint-Louis, qui réunit les fidèles à Cabet et qui s’établira finalement à Cheltenham. Mais la diaspora icarienne démontre les faiblesses de la théorie du bonheur universel. L’errance icarienne est perçue en échec, à la fois par les Icariens et par «ceux du dehors» qui en soulignent régulièrement les paradoxes sur les journaux locaux. Cheltenham, située près de Saint-Louis, est une ancienne station thermale qui a fait faillite. Les Icariens achètent la propriété en viager. La communauté de Nauvoo est vendue en 1859. Durant la guerre de Sécession, de 1861 à 1865, les Icariens de Cheltenham, radicalement contre l’esclavage, offrent leurs services aux Nordistes. Les soldats de l’humanité se transforment alors en mercenaires pour amener de l’argent à la communauté. En 1862 à Paris, l’ami de Cabet, l’ébéniste Jean-Pierre Beluze, épouse la fille du fondateur, Céline Cabet, veuve Favard, un ancien Icarien. Un an plus tard, Beluze quitte avec regret le bureau de recrutement parisien et vient s’installer à Poitiers où il décédera en 1907. En effet, les dissensions entre Icariens de France et d’Amérique allaient crescendo. Paris ne pouvait plus secourir financièrement les communautés américaines. La colonie de Cheltenham est donc saisie en 1868. Les Icariens déchus de Cheltenham et ceux de Nauvoo en déshérence s’étaient détestés. Mais Icariens avant tout, ils se retrouvent tous en Iowa, à Corning, cette colonie, située à environ 200 km de Nauvoo et 400 km de Cheltenham. Réunis à nouveau pour la première fois depuis 1848, ils pleurent de joie. Icarie, c’est déjà leur vie. A partir de 1870, une nouvelle vague politique secoue les Etats-Unis : l’anarchisme. Les jeunes Icariens nés en Icarie sont d’abord Américains. Ils parlent anglais et se constituent en nouveau parti contre les vétérans d’Icarie, leurs parents francophones. Cette minorité constituée par les jeunes se radicalise. Leur imagination est débordante. Ils refusent la continuité d’une société faite par d’autres. Du passé, ils font table rase. Ils adhèrent désormais aux théories politiques anarchistes de leur terre natale. Des proscrits de la Commune de Paris et des Internationalistes les rejoignent. L’adhésion de ces Icariens est antinomique avec le dogme cabétiste. Mais tel est le nouvel enjeu de la jeunesse. Ce sont eux les nouveaux héros. Le pacifisme de Cabet semble obsolète et cette passivité ne répond plus aux attentes. Les Portrait d’Etienne Cabet, extrait du livre de Jules Prudhommeaux, Icarie et son fondateur Etienne Cabet : contribution à l’étude du socialisme expérimental, 1907, Fonds Dubois de la bibliothèque Christian Vignaud universitaire de Poitiers. Les images reproduites p. 92 et p. 94 sont extraites du même ouvrage. Icariens de la jeune génération veulent devenir des activistes politiques. La violence est alors excusable et banalisée. Ces Icariens militants ont connu la Commune de Paris, sa semaine sanglante et la guerre franco-prussienne. L’Icarie de Cabet n’avait rien en commun avec ces effusions de sang. Icarie est mise à l’épreuve des idées internationales. Excepté dans les communautés religieuses, plus personne ne semble aspirer à la fraternité évangélique dans le Nouveau Monde. ICARIA SPERENZA EN CALIFORNIE : NI DIEU, NI MAÎTRE La guerre qui secoue alors Icarie est un conflit intergénérationnel. Les enfants d’Icarie n’ont que rarement vu leurs parents heureux. Cette vie de labeur qu’ils ont vécue, les jeunes n’en veulent pas. Le bonheur social doit être sans contrainte, sans autorité et être vécu là et tout de suite. Après bien des drames familiaux, les enfants intentent un procès contre leurs parents. Ils veulent pouvoir vendre la moitié de la communauté pour fonder une nouvelle colonie icarienne, le plus loin possible de l’ancienne et être enfin libres. Ils gagnent leur procès et, sans attendre la réalisation de la vente, ils partent pour la Californie en 1881. Environ 3 500 km les séparent désormais des anciens. Ils fondent Icaria Sperenza sur le domaine de Bluxome Ranch, à 18 miles de San Francisco. Mais ■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 81 ■ 93 Actu81.pmd 93 01/07/2008, 17:02 utopie Iowa. Désormais déchirée par la peine, sans bras vigoureux, elle survit loin de ses enfants. Elle ne connaît plus les disettes. La routine a fait place à l’engouement idéologique. Elle s’éteint pourtant en octobre 1898. Les vrais fondateurs d’Icarie, les quarantehuitards, étaient épuisés et trop âgés pour continuer. Ils mettent volontairement un point final à cette expérience sociale. Les femmes pleurent, quelques hommes aussi. New York est alors la nouvelle terre d’accueil de quelques Icaro-américains. Les musiciens de l’ancienne communauté du bonheur universel intègrent les jazz-bands de Chicago. C’est leur dernier acte politique. D’autres écriront leur vie au Paradis. Personne ne retourne en France. Ce pays qu’ils ont quitté à 20 ans n’est désormais plus le leur. Après sa mort, Icarie est oubliée. Cette expérience communautaire se confond alors aux 337 communautés ayant existé entre 1825 et 1914 sur le sol des EtatsUnis. C’est pourtant la première fois qu’un conte sert de récit programmatique à une expérience politique et sociale dont la mise en pratique dure cinquante ans. Leur moralité n’est pas comprise. Cette communauté, où régnait une vraie laïcité, Jésus étant considéré comme un homme, n’a pas survécu au bipartisme né en son sein. Pourtant toutes sortes de tentatives sociales contemporaines ont existé : les Fruit’s land qui vivent nus et ne mangent que des fruits, les Mormons, les Amishs, les Shakers qui entrent en transe et dont certains membres avaient rejoint Icarie, les rappistes, à qui Cabet avait vainement demandé de l’argent… Ainsi, pour les journalistes et historiens européens, le musée des horreurs communautaires a son lieu de résidence au Nouveau Monde. Mais l’Amérique, espace des laboratoires politiques et anthropologiques, est un continent d’espoir jusqu’au krach de 1929. Dans la mouvance de la contre-culture américaine, en 1969, les arrière-petits-enfants des aventuriers icariens de 1848 se réunissent pour évoquer leurs ancêtres. Ils fondent une association et reformulent l’expérience icarienne. Certains d’entre eux vivent en communauté. Ils rénovent les cabanes en bois de leurs ancêtres, écrivent des livres sur l’histoire icarienne et organisent les commémorations des grandes dates icariennes. Ils invitent le philosophe français Jacques Rancière pour parler du socialisme utopique avec l’accent du terroir. Des toponymes, the lake icarian, icarian way, sont aussi les traces d’un passé icarien encore présent au Nouveau Monde. Le site de Corning qui a vécu cette guerre intergénérationnelle est désormais une fondation culturelle à vocation touristique. Un «Festival de l’héritage français» y est organisé. En 2008, pour les Icariens d’aujourd’hui, d’abord Américains, ensuite Icariens, puis Français, Voyage en Icarie est encore et toujours «a message to the world». ■ cette nouvelle Icarie n’a plus les mêmes références culturelles. Elle est désormais majoritairement composée de proscrits, de syndicalistes, d’exclus sociaux. Icarie, devenue trop perméable, perd son identité. La devise des nouveaux activistes est celle du titre du journal qu’Auguste Blanqui a créé en 1880 : «Ni Dieu, ni maître». Icarie passe ainsi d’une société idéale fraternelle, évangélique et théiste, à une société matérialiste et anarchiste. Paradoxe inattendu, la communauté icarienne de Californie est organisée en société par actions. Elle ne renie donc plus l’individualisme et l’argent. Les libertés individuelles sont désormais sans limites et prioritaires. Un nouveau problème émerge alors de cette Icarie anarchiste. Personne ne veut plus travailler pour la communauté. C’est chacun pour soi. L’inévitable arrive. En 1886, le rêve californien s’essouffle. Trop endettés, désorganisés, ils doivent quitter le ranch. Christian Vignaud Cette coquecigrue politique, le communisme intégral, anarchiste et libertaire qu’ils revendiquent n’aura pas lieu. C’est durant l’expérience californienne que les Icariens, précurseurs de la contre-culture, fréquentent les Indiens et tissent des liens d’amitié avec eux. Le vieil Indien Old Jack et sa fille venaient régulièrement à Icaria Sperenza. Dans une autobiographie icarienne, il est écrit que lors de leurs réceptions, ils se nomment «amis fraternels». L’entraide icaro-indienne n’était pas un vain mot. A partir de 1886, seule existe alors la communauté de «la vieille branche» ou des «seigneurs de grincheville» de Corning, en 94 ■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 81 ■ Actu81.pmd 94 01/07/2008, 17:02 Poitevins et Charentais en Icarie A Niort, le cordonnier Paul Guay est chargé des abonnements du Populaire, le journal d’Etienne Cabet. Bien que Niort fut la quatorzième ville de France et Angoulême la vingt-septième sur quarante-deux pour leur nombre d’abonnés, les Icariens picto-charentais furent peu nombreux. Seuls cinq ou six Icariens, en croisant les sources, parfois lacunaires, paraissent être originaires du Poitou-Charentes. Savariau, marchand de vin figure parmi les abonnés du Populaire en 1846. On retrouve, en 1850, un nommé Savariau, Niortais, âgé de 30 ans lorsqu’il rejoint l’Icarie de Nauvoo avec son épouse. Il est promu directeur de l’industrie et de l’agriculture icarienne dans la colonie et y exerce également la profession de menuisier. En 1852, il devient citoyen américain et décède la même année. Victor Ozanneau, sabotier et cultivateur, abandonne Mauzé dans les Deux-Sèvres, en 1854 à l’âge de 35 ans, pour aller en Illinois. Originaire de Saint-Maixent, Madame Pétry, née Madeleine Céleste Morel, repasseuse à Paris, a 32 ans lorsqu’elle suit son mari en Icarie, en février 1856. Victor Ozanneau et Madeleine Petry sont absents du recensement américain. Pierre Elie Caillé est présent dans les sources américaines. Il est noté : «Born in 1813, Le Terre, Cougologes, Deux Sevres, France.» Il s’agit très certainement de Coulonges. Boulanger, il part avec son épouse et son fils Jean, alors âgé de dix ans, lors du quatrième Grand Départ. Ils arrivent à la Nouvelle-Orléans le 5 février 1849. Ils vivent à Nauvoo. En 1850, son deuxième fils naît en Illinois. Il se prénomme Valmor, un des héros du roman Voyage en Icarie. Naturalisé Américain en 1855 ainsi que sa famille, il joue un grand rôle à Corning, dans la colonie de l’Iowa après la vente de Nauvoo. Il est président de la colonie «La Nouvelle Icarie» en 1881, après la séparation des jeunes et des anciens, et devient secrétaire de l’agriculture en 1884. Pierre Elie Caillé fut un Icarien convaincu. Il enterrera Icarie en posant pour le dernier portrait en 1898. Valmor entrera dans un orchestre de jazz à Chicago, son dernier acte militant après Icarie. Le Charentais Jean-Baptiste Roy part aussi en 1850. A Angoulême, il était mécani- cien. Sa femme, repasseuse, meurt à Nauvoo. Il devient citoyen américain en 1855 et rejoint, après la crise de 1856 et le décès de Cabet, la communauté de SaintLouis en 1857. Il y est enregistré avec une épouse et deux enfants. Pour l’instant, aucun Icarien du département de la Vienne n’a été trouvé durant mes recherches. Mais elles ne sont pas terminées… V. M. LES PREMIERS SOCIALISMES EN LIGNE Le service commun de la documentation de l’Université de Poitiers a créé une bibliothèque virtuelle sur les premiers socialismes qui réunit des documents produits par les saint-simoniens, les fouriéristes, Cabet et les Icariens, Proudhon, etc. Pour la plupart, ils sont extraits du fonds légué en 1935 par Auguste Dubois, professeur d’histoire des doctrines économiques et politiques à l’Université de Poitiers. Pour l’instant, 29 ouvrages numérisés sont accessibles en ligne : http://premierssocialismes.edel.univpoitiers.fr 95 «La foire aux idées», caricature de Bertall extraite du Journal pour rire, octobre 1848. BnF ■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 81 ■ Actu81.pmd 95 01/07/2008, 17:02

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