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L’amphithéâtre retrouvé
Une restitution de l’amphithéâtre romain de Poitiers est suspendue sur la façade du parking Carnot. C’est l’occasion de revenir sur l’histoire et la disparition de ce monument majeur de notre patrimoine
Par Pauline Lumeau Dessin Jean-Claude Golvin
1. Coauteurs de l’article «D’un Palais Galien à l’autre. nouvelles recherches sur l’amphithéâtre de Poitiers (Limonium Pictonum)» dans hommage à Robert Etienne, Publications du Centre Pierre Paris n° 17, Université de Bordeaux III, Paris, 1988, pp.77-108.
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ujourd’hui, seules quelques traces subsistent. Alors que plusieurs fragments de l’amphithéâtre sont à l’abri des regards dans des garages et des caves de propriétés privées, les voûtes des fondations des gradins, situées rue Bourcani et protégées depuis 1961, sont visibles par tous. Mais la manière la plus facile d’appréhender le monument reste le tracé des rues du quartier. En effet, on y retrouve les courbes elliptiques correspondant à la forme générale de l’édifice (rues des Arènes, du Petit-Bonneveau, Bourcani, Rabelais). En cherchant bien, on verra que certains tronçons de rue et certaines parcelles d’habitation de forme cunéiforme évoquent encore l’emplacement des entrées et des vomitoria de l’édifice autour desquelles se répartissaient les gradins. Qu’est-il arrivé à cet immense témoin de notre patrimoine ? Auteur d’une étude sur l’amphithéâtre publiée en 1844, le baron Bourgnon de Layre suppose que l’édifice a servi de carrière au iiie siècle, lorsqu’une partie de l’antique Limonum a été circonscrite par l’enceinte destinée à la protéger contre les invasions. L’historien René Crozet rappelle ensuite qu’au xve siècle, le monument était déjà investi par des propriétaires particuliers venus y établir leurs maisons et leurs jardins. Un exhaussement du sol dû à l’entassement des décombres a accompagné cette installation complétée par l’aménagement d’une voirie. Au xvie siècle, la dilapidation se poursuit. La façade de l’amphithéâtre est entièrement détruite. Le 3 août 1598, au cours de la séance du corps de ville, l’échevin Adam Blackwood
a
dénonce les démolitions auxquelles se livre le sieur La Croze sur le bâtiment d’importance patrimoniale. Jusqu’au milieu du xixe siècle, le monument, encore imposant, est la propriété des hospices de Poitiers. C’est en janvier 1857 que la majeure partie de l’ancien amphithéâtre est vendue pour 100 000 francs à une société constituée en vue de son exploitation. Le monument cède la place à un ensemble d’immeubles privés. L’ouverture de la rue Magenta, la construction du marché public couvert Saint-Hilaire et le percement de la rue de l’Est (Maréchal Foch) voient le jour au même moment. Selon Jean-Claude Golvin, directeur de recherche au CNRS (Institut Ausonius, Université Michel de Montaigne, Bordeaux III) et Jean Hiernard, professeur d’histoire ancienne à l’Université de Poitiers1, l’amphithéâtre daterait de l’époque julio-claudienne (49 av J.-C. à 70 ap J.-C.). Il serait alors le contemporain de ceux de Saintes et de Périgueux.
UNE CAPACité dE 30 000 PLACES
Il s’élevait sur la partie méridionale de la ville romaine. Installé en bordure de promontoire, il dominait la vallée du Clain d’environ 45 mètres à sa base, un peu en amont de l’actuel pont Saint-Cyprien. Son grand axe, orienté nord-sud, atteignait 155 mètres et le petit 130 mètres ; sa cavea était d’une largeur de 41 mètres. Ses 30 000 places en faisaient l’un des plus grands édifices de Gaule. Constitué de murs rayonnants et de voûtes, on le dit «amphithéâtre à structure creuse». Selon le baron Bourgnon de Layre, l’édifice était encerclé par une galerie périphérique (actuelle rue des Arènes). Les chercheurs pensent que ce mur n’a jamais existé. «Contrairement au baron, explique Jean-Claude Golvin, nous pouvons nous appuyer sur des études générales des monuments romains et ainsi le comparer à ceux qui lui sont proches architecturalement
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parlant. Le baron n’avait pour références que les études sur l’amphithéâtre de Nîmes ou sur le Colisée de Rome, ayant tous deux une galerie périphérique.» Pour preuve de leur affirmation, les deux chercheurs se sont rendus dans les caves, au plus près des vestiges. Dans le sous-sol de l’immeuble n° 4 de la rue AlsaceLorraine, à l’emplacement de ce qui aurait dû être la galerie périphérique, ils ont découvert un massif de blocage et deux gros blocs parallélépipédiques de 50 cm de hauteur. Les autres murs de l’édifice étant construits en petit appareil, ces pierres ne pouvaient appartenir qu’au mur de façade ; d’autant plus qu’elles comportaient des éléments de décoration (demi-colonnes ou pilastres engagés) semblables à ceux trouvés sur les amphithéâtres de Vérone et de Pula. «La preuve de l’absence de cette galerie nous conduit à comparer l’amphithéâtre de Poitiers à des monuments de l’époque flavienne tels que les amphithéâtres de Saintes, Aoste, Périgueux, Fréjus…»
Restitution minutieuse
Le dessin de Jean-Claude Golvin propose la restitution la plus scientifique possible. «La restitution architecturale demande une méthode précise. Comme l’étude du monument, elle s’appuie sur des indices matériels (vestiges, fragments épars), ainsi que sur des témoignages (textes antiques, dessins plus récents). A partir de ces indices déterminants, on peut parfois reconstituer le monument, c’est-à-dire rendre l’idée de la chose par l’image.» Les manques sont complétés par des hypothèses tirées d’une documentation sur les
édifices de la même époque. Si l’absence d’indices est dessin de jeanClaude golvin, trop importante, le dessinateur ne peut pas réaliser la aquarellé par Sophie golvin-Revault, restitution ou doit se contenter d’une vue partielle. 100 x 75 cm. Une Possédant le plan, les hauteurs et plusieurs autres docureproduction de 20 m de large est ments sur l’amphithéâtre de Poitiers, Jean-Claude Golposée sur la façade vin ne s’est pas confronté à de grandes difficultés. «En du parking Carnot. L’original est jouant sur l’angle de vue et le cadrage, il faut donner en déposé au musée une seule image l’idée la plus frappante de l’activité du Sainte-Croix. monument. Nous ne pouvions rien montrer de la ville car son image nous est inconnue. Le point de vue est donc resserré sur l’amphithéâtre.» On peut y découvrir ses deux niveaux d’arcades, ses escaliers d’accès et le velum déployé pour protéger les spectateurs du soleil. La restitution du monument est réaliste, minutieuse et didactique. «Il est essentiel qu’elle soit comprise par tout le monde. Pour cela, l’extérieur et l’intérieur du monument devaient être en activité.» On peut autant y voir les combats des gladiateurs et des bêtes sauvages que les spectateurs assis sur les gradins ou encore les cRéations sonoRes échoppes en bois permettant de boire dE CHRiStiNA KUbiSCH Ce projet de restitution de l’amphiet de se restaurer, installées autour du théâtre est accompagné de deux bâtiment. créations de l’artiste berlinoise Ce dessin, issu de longues années Christina Kubisch : «Arènes sonode recherches, permet de faire ap- res» diffusées lors des journées du patrimoine, et «Poitiers Promenades paraître à nouveau l’amphithéâtre électromagnétiques», du 6 au 25 sous nos yeux. Il contribue ainsi à sa octobre (RDV à l’office de tourisme). connaissance par le public et permet «Traces d’amphithéâtre»: Photographies de marc deneyer, à tous de se réapproprier cet élément du 1er au 30 novembre, salle du patride notre patrimoine disparu, parfois moine de l’office de tourisme. 05 49 41 21 24 oublié. n
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