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L’expression du vivant pour axe de réflexion j
uin 2001, sous la direction de Pierre Francisci, Guillaume Pénisson soutient son mémoire à l’Université de Poitiers. Son travail porte sur Le Normal et le Pathologique de Georges Canguilhem. Résultat : mention très bien, le voilà maître en philosophie. De suite, la question liée à l’insertion professionnelle se pose : la philosophie, on continue ou on arrête ? Après une année de préparation à l’agrégation, le jeune homme, né à Poitiers en 1979, suit un cursus informatique, obtient son DESS, puis est tour à tour chargé de projet à la Direction régionale des affaires culturelles, ingénieur d’études au Cerca de l’Université de Poitiers, avant de rejoindre l’Observatoire régional de l’environnement (ORE) en Poitou-Charentes. A travers toutes ces expériences professionnelles, le démon de la philosophie ne l’a pas quitté.
guillaume Pénisson
«Je ne me suis jamais arrêté de faire de la philosophie. Je n’avais pas envie d’y renoncer parce qu’il y a uniquement quarante postes de professeur en France.» Dans son entourage, hormis quelques amis qui ont réussi à obtenir l’un de ces précieux postes, les autres ont peu à peu abandonné cette voie.Fin 2006, Guillaume Pénisson a de nouveau l’occasion de se pencher sérieusement sur le sujet. Les éditions L’Harmattan viennent de manifester leur intérêt pour la publication de son mémoire, le travail de réécriture peut commencer. Début 2008, son ouvrage paraît dans la collection «Ouverture philosophique» dont le propos est de décloisonner la discipline en s’intéressant à la réflexion «de tous ceux qu’habite la passion de penser». Convaincu que la philosophie ne peut apprendre quelque chose sur elle-même qu’en s’inscrivant dans une démarche, Guillaume Pénisson aura trouvé dans les travaux de Georges Canguilhem un axe de recherche qui répond à cette exigence et qui coïncide avec son intérêt pour les sciences. La réflexion philosophique à l’œuvre dans son mémoire a précisément pour objet la médecine et le vivant. Cette discipline est en effet au cœur du livre de Canguilhem. Réédité en 1966 sous le titre Le Normal et le Pathologique, cet ouvrage majeur met en prise directe réflexion philosophique et sciences du vivant. Le distinguant de la philosophie de l’expérience, du sens et du sujet représenté notamment par Merleau-Ponty et par Sartre, Michel Foucault voyait en Canguilhem, tout comme en Koyré et Cavaillès, un représentant d’une philosophie du savoir, de la rationalité et du concept. Si cette école de pensée est spéculative, son objet porte avant tout sur le vivant, comme permet de le redécouvrir le présent essai. Au lieu de
Olivier Richet
partir des concepts pour appréhender le vivant et lui appliquer des normes (sain/ malade), Canguilhem évalue la pertinence et la limite de ces constructions théoriques vis-à-vis d’organismes qui ont la faculté de créer leurs propres normes pour se maintenir en vie. Guillaume Pénisson apprécie cette méthode qui «aborde les concepts scientifiques à partir d’un examen critique fin», pour aboutir à la «réintroduction du pathologique comme un des constituants de la vie». «La démarche de mon livre était de partir de l’examen critique des concepts par Canguilhem afin d’identifier un geste qui me semble porteur de sens pour la philosophie elle-même et de tirer des conclusions par rapport au vivant.» La troisième partie de l’ouvrage, la plus personnelle, s’intéresse précisément au statut de l’erreur, en quoi elle peut nous informer sur le vivant et orienter la recherche scientifique. Le jeune auteur envisage quatre champs d’application qui tiennent compte de ce qu’il nomme «l’erreur-vie» : la génétique, la biologie, la psychologie et la bioéthique. Sur le plan professionnel, c’est d’ailleurs dans ce dernier domaine que Guillaume Pénisson souhaiterait donner un prolongement et une concrétisation à sa réflexion. Faisant le constat qu’au sein des hôpitaux, de plus en plus d’instruments (modèles théoriques et machines) interfèrent entre le médecin et le patient, il aimerait voir se développer davantage de groupes de travail composés de personnels soignant et non soignant dans ces établissements, et poursuivre ainsi le geste de Canguilhem qui consiste à mettre sa pensée à l’épreuve du réel.
Alexandre Duval
Les socialismes et l’enfance n
athalie Brémand a commencé sa thèse d’histoire contemporaine sous la direction de Jean-Noël Luc lorsque celui-ci était encore à l’Université de Poitiers, et poursuivi ses travaux à l’Université de Paris IV Sorbonne. Dans l’abondante littérature du «socialisme utopique» (avant Marx), elle a étudié la place accordée à l’enfant et les expérimentations sociales menées dans divers communautés entre 1830 et 1870 en France et à l’étranger, notamment celles des Icariens aux Etats-Unis et du familistère de Guise. Une version remaniée de sa thèse est publiée aux Presses universitaires de Rennes. Par ailleurs, Nathalie Brémand est responsable scientifique de la bibliothèque virtuelle de la bibliothèque universitaire de Poitiers consacrée aux premiers socialismes.
Les socialismes et l’enfance. Expérimentation et utopie (1830-1870), de Nathalie Brémand, PuR, 366 p., 20 e
Le vivant et l’épistémologie des concepts. Essai sur Le normal et le pathologique de Georges Canguilhem, éd. L’harmattan, 132 p., 13 e
PAtRiMoiNE iNdUStRiEL
Le service régional de l’Inventaire a croisé les approches sur le patrimoine industriel lors d’un colloque tenu à Châtellerault en 2007. Il est ressort un bel ouvrage coordonné par Pascale moisdon-Pouvreau, illustré par les photographies de marc deneyer : Regards sur le patrimoine industriel de Poitou-Charentes et d’ailleurs (Geste éditions, 374 p., 39 e).
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■ L’ACTuALITé PoITou-ChARENTES ■ N° 82 ■
Les rituels funéraires reflets de l’évolution de nos sociétés d
urant ses études, Julien Bernard a fait l’expérience des petits boulots, notamment employé dans une entreprise de pompes de funèbres. De cette expérience, cet étudiant en sociologie à l’Université de Poitiers a décidé d’en faire son sujet de thèse. Après s’être intéressé, en licence et DEA, aux supporters de football et aux passions musicales, il a choisi, cette fois, d’étudier les émotions collectives au travers de la mort. Réalisé sous la direction d’Annie Guédez, ce travail s’intitule «Emotion et rituel dans le travail des pompes funèbres. Contribution à la sociologie des émotions». Il lui a fallu «comprendre de l’intérieur», et donc utiliser une méthode qualitative. En immersion totale, il a œuvré à la manière d’un ethnographe effectuant une observation de longue durée. Soit une année dans deux entreprises de pompes funèbres. Par soucis de comparaison, il en choisi une dans un quartier urbain et l’autre dans un zone rurale. Des 150 enterrements effectués en tant que porteur de cercueil, il en a tiré autant de compte-rendus d’observation. Couplées à des entretiens réalisés avec les professionnels à tous les échelons de la hiérarchie, ces sources lui ont permis, dans un premier temps, d’analyser le rôle des pompes funèbres dans l’orchestration du rituel et la gestion des émotions. «Ils essayent d’apaiser et de déculpabiliser les endeuillés. Autrement dit, leur travail consiste à rendre ce moment moins difficile», explique Julien Bernard. «Dans les représentations collectives, les pompes funèbres profitent du malheur des autres. Or, c’est un vrai travail avec d’une part la partie administrative qui comprend la préparation et l’organisation des obsèques, et d’autre part l’exécution des funérailles.» Mise en bière, soins de conservation, fermeture du cercueil… «Lors du processus funéraire, les personnes frappées par un décès dans leur entourage prennent conscience de la réalité, ce qui provoque de fortes émotions. Les employés doivent catalyser leur propres émotions pour gérer celles des endeuillés et calmer les plus affectés.» Julien Bernard s’est également penché sur le rapport social à la mort : «Il a changé et les normes de comportements deviennent plus flottantes. Alors, il est de moins en moins en simple de faire son deuil.» Selon Durkheim, si une personne ne pleure pas aux funérailles, c’est qu’elle n’est pas attachée à son groupe social. «Aujourd’hui, les endeuillés ne savent plus comment se comporter aux obsèques. Alors que d’autres cultures prônent l’expression violente des émotions, dans notre société, il faut avoir du chagrin tout en restant digne.» Il nous donne trois explications à cette évolution du rapport à la mort. D’abord la baisse de l’influence de l’Eglise, puis le vieillissement de la population et enfin l’urbanisation. «Avec les progrès de la médecine, on repousse l’âge de la mort. Celle-ci n’est plus dans l’ordre des choses.
On pense pouvoir vivre éternellement.» Par ailleurs, «il y a trente ans, 90 % des personnes choisissaient des enterrements religieux, aujourd’hui, cette proportion tombe à 70 %. Le rituel catholique jouait autrefois un rôle de catharsis», analyse l’universitaire. De nos jours, on choisit à la carte. Dans les rites civils et plus particulièrement lors des crémations, on «personnalise». «De nouveaux rites s’inventent», tels que la projection de film, la diffusion de musiques, les photographies sur le cercueil, le lâcher de ballons, etc. A contrario, avec l’urbanisation, Julien Bernard s’est rendu compte que d’autres rites protocolaires disparaissent comme l’arrêt du cortège devant la maison du défunt ou les veillées funèbres au domicile. Mais tout ne change pas : certaines coutumes perdurent : «Autrefois, la tradition voulait qu’on boive un verre après l’enterrement pour évoquer les grandes heures du défunt. Ce rituel réapparaît. Des entreprises funéraires proposent même de l’organiser.»
Sarah Caillaud
PoéSiE SCiENtifiqUE dE RENé gHiL
julien Bernard
Jean-Pierre bobillot, professeur à l’Université Stendhal Grenoble III, est l’un de ceux qui exhument l’œuvre de René Ghil (1862-1925), poète et théoricien qui repose au cimetière Saint-Pierre de melle (dossier de L’Actualité n° 63, janvier 2004). Il vient de publier De la PoésieScientifique & autres écrits de René Ghil aux éditions Ellug (300 p., 27 e). Une édition savante de texte choisis, annotés et introduits par une étude très éclairante où l’auteur s’interroge : «René Ghil : une mystique matérialiste du langage ?»
ARCHéoLogiE d’ASiE dU SUd-ESt
Jean-Pierre Pautreau dirige la mission archéologique française au myanmar. Les recherches de son équipe sont publiées en anglais sous le titre : Ywa Htin. Iron Age burials in the Samon Valley, Upper Burma. Avec Anne-Sophie Coupey, valéry Zeitoun et Emma Rambault, il a édité le congrès européen des archéologues de l’Asie du Sud-Est tenu à bougon en 2006 : From Homo erectus to the Living Traditions.
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Olivier Richet
■ L’ACTuALITé PoITou-ChARENTES ■ N° 82 ■
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