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Poitiers haussmannien

Poitiers haussmannien. Né en mars 1809, le baron Haussmann a attaché son nom aux grands travaux urbains du Second Empire.

Par Grégory Vouhé, Photo Olivier Neuillé – Médiathèque de Poitiers.

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    bicentenaire Né en mars 1809, le baron Haussmann a attaché son nom aux grands travaux urbains du Second Empire Par Grégory Vouhé Photo Olivier Neuillé - Médiathèque de Poitiers poitiers haussmannien « ’empire a trouvé moyen de gâter Poitiers. Ne souriez pas. Rien n’est plus vrai. Poitiers a été, non pas haussmanisé, mais soubeyranisé.» Arthur Ranc forge ces néologismes à partir des noms du député de la Vienne, M. de Soubeyran, et du baron Haussmann, responsable de la modernisation de la capitale qui fait disparaître le Vieux Paris. En effet, «il s’y est constitué, à l’instar de Paris, des Compagnies immobilières qui ont percé des rues et construit des hôtels. Les rues sont larges ; malheureusement elles ne mènent nulle part», poursuit-il dans Le Roman d’une conspiration, paru en 1869, alors qu’est posée la première pierre de l’hôtel de ville de sa cité natale. Jusqu’au milieu du siècle, Poitiers demeure à dire vrai une ville moyenâgeuse. C’est-à-dire moins pittoresque que vétuste, sombre, décrépite – tous en témoignent. Faute de moyens, l’architecture des Lumières n’avait pu pénétrer au cœur du Poitou. Inaugurée par le président Louis Napoléon Bonaparte le 1er juillet 1851, l’arrivée du chemin de fer décide les premiers travaux d’importance intéressant le réseau urbain. La ligne étant naturellement construite en fond de vallée, il est indispensable de relier par un ensemble de nouvelles voies de communication la ville haute à la gare située en contrebas. Encore faudra-t-il une trentaine d’années pour parfaire avec des fonds privés le percement des rues, achevé sous la IIIe République. C’est aussi de ce côté de la ville, là où la place était disponible, qu’est bâti dans le courant des années 1860 le «magnifique hôtel de préfecture» signalé par Haussmann dans le premier volume de ses Mémoires, publié en 1890. l’année poitevine l 1831 par la nomination de secrétaire général de la Vienne, poste qu’il occupe jusqu’à la mi-juin de l’année suivante. La préfecture était alors abritée dans l’ancien palais épiscopal attenant à la cathédrale (actuelle conservation des musées), presque au bas du versant opposé au futur emplacement de la gare. Haussmann insiste sur cette situation malcommode, «loin de tout», qui l’oblige à «grimper à pied […] une pente abrupte, par des rues étroites, mal éclairées, et pavées de cailloux pointus […] pour aller n’importe où le soir», avant «d’y redescendre, la nuit, par tous les temps». Aussi s’établit-il au centre de la ville, sur ce qu’il nomme la croupe et que les Poitevins appellent plateau : après quelques jours passés à l’hôtel des Trois Piliers, il se loge dans une ruelle voisine de la place du Marché, puis s’installe rue Neuve (à présent Bourbeau), à proximité des «rues aristocratiques des Hautes et des Basses Treilles» (aujourd’hui Renaudot et de la Marne), afin de favoriser ses relations mondaines. Cela lui permet aussi de prendre pension pour ses repas chez un restaurateur renommé de la place d’Armes. granDs chantiers L’ancien préfet de la Seine y revient sur ses débuts dans l’administration : sa carrière s’ouvre le 22 mai 46 Dès 1857 la municipalité, trop à l’étroit dans le vieil échevinage, arrêtait la construction d’un nouvel hôtel de ville. Trois ans plus tard, un préfet fraîchement nommé décidait que celle de la préfecture, déjà en projet, serait préférable face à la place d’Armes. Le Conseil général avertissait alors la Ville de l’opportunité de bâtir les deux hôtels en vis-à-vis et de les relier par un grand axe – future rue Impériale rebaptisée Victor-Hugo à la disparition du poète. Les circonstances des deux commandes sont bien connues : Gaëtan Guérinot, collaborateur de l’architecte parisien de la préfecture, donna finalement ■ L’ACTuALITé PoITou-ChARENTES ■ N° 83 ■ les plans de la mairie. L’ensemble modernise d’autant mieux la physionomie du centre urbain que l’ancienne place royale, redimensionnée, est progressivement dotée d’immeubles haussmanniens qui se répondent aux angles des rues latérales et qu’un modèle unique règle les façades élevées place de la préfecture. L’étude attentive de l’architecture de cette dernière reste cependant à écrire. Les Nouvelles annales de la construction de février 1871 en louaient le «bon style», celui des «meilleurs modèles de l’époque de Richelieu, de Mazarin et de Louis XIV», modèles qu’il importe de reconnaître pour comprendre la culture architecturale, les intentions et le langage du concepteur. Il s’agit en effet d’une architecture historiciste, autrement dit qui puise dans le répertoire des motifs du passé. Un seul exemple. L’entrée est encadrée de colonnes baguées doriques dont la richesse symbolise un lieu de pouvoir et/ou de représentation, du palais des Tuileries au théâtre d’Angers (1869). D’évidence elles dérivent du modèle – ionique – dessiné par Philibert de L’Orme, mais indirectement. Ces colonnes se rapprochent en fait davantage d’une planche du Cours d’Architecture de D’Aviler (éd. originale de 1694), et sans doute l’architecte avait-il aussi en mémoire les colonnes doriques à cannelures feuillagées du vestibule de Maisons (après 1642). D’autres motifs, macarons et pots à feu, comme la volumétrie des combles, confirment en tout cas l’héritage du modèle de Mansart. L’opulence décorative est néanmoins du côté de l’hôtel de ville, dont l’étage noble est superlativement enrichi d’un ordre bagué corinthien. Quels furent les moyens respectifs, financiers et artistiques ? Que célèbrent les peintures de Puvis de Chavannes, le vitrail et la statuaire, l’Empereur ou la ville ? Leurs hôtels se toisent autant qu’ils se répondent au fond des places respectives. Au premier coup d’œil le visiteur qui gravit l’escalier d’honneur mesure l’écart de qualité entre les deux programmes décoratifs : en illustrant son histoire plus que millénaire l’ambition municipale éclipsait du même coup le faux luxe du gouvernement, partout dupliqué, à l’instar des portraits officiels. Et, depuis la chute de l’Empire, le beffroi communal qui domine la façade et la place n’a cessé d’exprimer la puissance de la cité. n Guérinot, dessin de construction de l’hôtel de ville, médiathèque de Poitiers, cliché o. Neuillé. Projet en coupe sur le vestibule et l’escalier. ■ L’ACTuALITé PoITou-ChARENTES ■ N° 83 ■ 47

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