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SAINT-AMANT-DE-BoIxE
Exploration in situ de l’architecture romane « l
e but n’était pas de proposer une présentation seulement technique mais de faire en sorte que le facteur humain soit toujours présent. La vaste thématique de l’architecture romane est abordée sous l’angle de la vie quotidienne dans les bâtiments monastiques avec pour fil rouge, l’abbaye de Saint-Amant.» Anaël Vignet, archéologue chargé de recherche et d’animation, et Laetitia Copin-Merlet, directrice-adjointe de Via Patrimoine, ont accompagné la gestation de l’Espace d’architecture romane qui s’est ouvert en septembre 2008 à SaintAmant-de-Boixe, en Charente. L’abbaye bénédictine de Saint-Amant, dont l’origine remonte à l’ermite éponyme qui aurait vécu au vie siècle dans la forêt toute proche, forme un exceptionnel ensemble roman. Essentiellement érigé aux xie et xiie siècles, ce monument historique – classé pour son église dès 1840 – figure parmi les mieux préservés du Poitou-Charentes. Un patrimoine de pierre environné de quiétude et rapidement accessible depuis la RN 10 (18 km au nord d’Angoulême) que la petite commune, propriétaire du site depuis les années 1970, a voulu vivant et offert. Son centre d’interprétation, réponse à un appel à projets lancé par la Région PoitouCharentes en 1999, a été inauguré après une spectaculaire campagne de restauration menée successivement par Philippe Oudin et Philippe Villeneuve, architectes
en chef des Monuments historiques. Crypte, cuisine, réfectoire, cloître, cellier, porterie et abbatiale (encore en partie à restaurer)... constituent désormais le terrain d’une bien nommée visite «de fond en combles». «A l’exception de la salle du chapitre qui a été détruite, le visiteur a une vision globale d’un ensemble médiéval. Le chœur gothique permet d’illustrer l’évolution des formes architecturales», précise Laetitia Copin-Merlet. L’Espace d’architecture romane se compose d’expositions, permanente et temporaires, d’ateliers pour les jeunes visiteurs, d’un auditorium, d’une librairie thématique... Le contenu pédagogique, élaboré par un comité scientifique – auquel a participé le Centre d’études supérieures de civilisation médiévale de l’Université de Poitiers – et la scénographie servent une même exigence : proposer plusieurs niveaux de lecture permettant une première approche ou une exploration ultra-documentée. Au fil du parcours permanent, l’abbaye devient donc sujet et support d’une découverte de la construction romane étroitement liée aux hommes qui l’ont pratiquée ou habitée. L’introduction, installée dans l’ancienne cuisine, évoque les origines de l’abbaye, les communautés monastiques et les ordres religieux présents en Charente. L’imposant réfectoire est partagé en trois grandes parties. La première détaille les
plans d’édifices romans, la seconde aborde leur fonction religieuse et quotidienne, la troisième présente les modes et techniques de construction, de la commande à la consécration d’un édifice. Les étapes usent d’une grande variété de supports (dioramas, maquettes, outils, livres, plans, images projetées, boîtes à lexiques, jeux...) et se prolongent par une salle où sont présentés des vestiges archéologiques. Des pièces de vaisselle rappellent la vie simple des moines. A Saint-Amant, ils furent cinquante en 1150, âge d’or de l’abbaye, puis... deux en 1774. En 1791, l’église est devenue paroissiale et les bâtiments abbatiaux, vendus comme biens nationaux, ont ensuite fait office de dépendances agricoles. Par leur nouvelle fonction culturelle et touristique, ils sont aujourd’hui le décor renaissant de leur propre histoire et de celle, plus générale, d’un art omniprésent en Poitou-Charentes.
Astrid Deroost
La restauration et la création de l’Espace ont été financées par la commune, le Département, la Région et l’Etat. Le fonctionnement est assuré par la commune et les recettes propres du site. Le Département et la Région apportent des contributions ponctuelles lors de manifestations comme le Salon des métiers d’art ou les Nuits Romanes. Espace d’architecture romane, 16330 Saint-Amant-de-Boixe. Tél. 05 45 94 24 27 http://abbaye.saintamantdeboixe.fr
■ L’ACTuALITé PoITou-ChARENTES ■ N° 84 ■
Claude Pauquet
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Claude Pauquet
patrimoine
RELIquES
Les ostensions limousines l
e terme «ostension» – le fait de montrer – désigne l’exposition solennelle et épisodique de reliques. Devenues en France une spécificité des communes de l’ancien diocèse de Limoges, où elles se déroulent tous les sept ans, les ostensions remontent au haut Moyen Age. Elles se pratiquent aussi dans d’autres pays. Lors des catastrophes, des calamités, des épidémies, on «sortait» les reliques de leur lieu de conservation habituel, marchant en procession, priant les saints d’intervenir. Ce rituel était censé renouer le lien entre le saint et la communauté, dont il était le protecteur. De même, à l’occasion d’une découverte ou d’une acquisition de reliques, on les exposait durant quelque temps dans une église, voire sur une place publique : cette «montre» était considérée comme un temps de miracles. Quant aux ostensions périodiques – sans raison particulière –, elles rassemblaient des foules de pèlerins particulièrement nombreuses à Aix-la-Chapelle, Cologne, Maastricht, Utrecht à partir du xive siècle.
Les ostensions à Limoges en 2002 et au dorat en 1911.
A l’origine des ostensions limousines se trouve l’épidémie du mal des ardents en 994. A cause du pain préparé avec de la farine de seigle parasité par un champignon, un très grand nombre de personnes ont été atteintes de spasmes, de sensations de brûlure, puis de la gangrène. C’est alors que l’évêque de Limoges a ordonné un jeûne et a convoqué les évêques d’Aquitaine avec des reliques. Le 12 novembre 994, on a élevé de son tombeau le corps de saint Martial, «apôtre» du Limousin, et, avec les autres reliques, on l’a monté en procession sur le mont Jovis, colline de Limoges. Au témoignage du chroniqueur Adémar de Chabannes, l’épidémie a cessé au bout d’un mois. Les ostensions ordinaires ont commencé dès le xiiie siècle. Dès le début du xve siècle, des processions-ostensions se sont déroulées aussi à Saint-Léonardde-Noblat, Saint-Junien, Tulle. Depuis le xvie siècle, elles sont organisées selon une planification régulière, et dans un plus grand nombre d’églises du diocèse de Limoges. Interrompues à la Révolution, les ostensions sont rétablies en 1806. L’évêque de Limoges est responsable de leur organisation, mais les confréries et les autorités civiles y participent activement. Plusieurs éléments constituent la cérémonie des ostensions. Le cycle commence à Limoges – cette année le 18 avril –, avec la reconnaissance des reliques de saint Martial et de saint Loup à l’église Saint-Michel-des-Lions, puis avec celle du chef de saint Aurélien à la chapelle Saint-Aurélien. Lors de la reconnaissance, on ouvre les reliquaires et en authentifie le
contenu. Le soir suit une procession aux flambeaux ; et, le lendemain, après une messe à la cathédrale, une procession des reliques mène jusqu’à la place de la Motte. Toute une série d’ostensions festives se déroulent jusqu’en octobre dans quatorze lieux du Limousin. Si l’élément religieux est toujours présent, les processions prennent souvent la forme de cortèges historiques. Le plus fameux est celui de Saint-Junien (28 juin) : 1 500 personnes costumées défilent ; plusieurs stations et chapelles représentent les épisodes de la vie des saints Junien, Amand et Théodore. Pour reconstituer la forêt où l’ermite Amand s’était réfugié, on recouvre la rue principale avec une immense quantité de branchages. Mais toutes les autres villes d’ostensions sont aussi abondamment décorées de fleurs de papier ou vivantes, de feuillages, de drapeaux, de guirlandes et de rubans. Si les ostensions ont un sens religieux, chez la plupart des habitants de cette région plutôt déchristianisée, c’est un sentiment communautaire, identitaire qui prédomine ; la participation à l’organisation des manifestations, la mise en valeur du patrimoine culturel renforcent leur cohésion sociale.
Edina Bozoky Une histoire des ostensions en Limousin, de Jean-Marie Allard et Stéphane Capot, éd. Culture et Patrimoine en Limousin, 2007. Ostensions limousines, d’Alain Mingaud, éd. Lucien Souny, 2006. La Légende dorée du Limousin. Les saints de la Haute-Vienne, Cahiers du patrimoine n° 36, 1993. Edina Bozoky est maître de conférences à l’université de Poitiers, membre du CESCM. Elle a publié récemment La Politique des reliques (Beauchesne, 2006) et Le Livre secret des Cathares (nouvelle édition revue et augmentée, Beauchesne, 2009)
Edina Bozoky
SAiNt-yRiEix EN CoLLoQUE
deux communes de la Charente limousine participent aux ostensions, Abzac et Esse.
les médiévistes des universités de Poitiers et limoges organisent, du 18 au 20 juin à limoges, SaintYrieix et Poitiers, un colloque interdisciplinaire sur le thème : «Chapitres séculiers et production artistique au xiie siècle. vie canoniale, art et musique à Saint-Yrieix».
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