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cognac paysagé
L’art des jardins au service de l’agrément des habitants d’une cité charentaise qui, par deux fois, s’adressa à Edouard André, fameux créateur de parcs et jardins.
Par Grégory Vouhé
plus de cinquante chantiers, il publie en 1879 L’Art des jardins, un Traité général de la composition des parcs et jardins. Après avoir dirigé L’Illustration horticole, André devient en outre rédacteur en chef de la Revue Horticole en 1882. C’est à la fin de l’année suivante que Cognac lui commande un premier Projet d’embellissement du parc public baigné par les eaux de la Charente, usuellement désigné sous le nom de parc François Ier. Dressé à Paris en juillet 1884, ce projet grandiose devait notamment comporter salle des fêtes, café-glacier et café-restaurant, divers kiosques, kiosque à musique et pavillon de musique ; salle d’escrime, gymnases couvert et découvert, piscine, piste de vélocipèdes, jeu de paume et tennis, écuries et manège, pavillon de tir et tir à la cible, embarcadère, mais aussi parterre de
preMier projet inaBouti en 1884
u
n architecte paysagiste de renommée internationale a conçu sous la IIIe République deux projets d’embellissement pour la ville de Cognac, qui prospérait grâce au commerce des eaux-de-vie. Son œuvre l’avait naturellement désigné aux yeux des édiles cognaçais pour mettre au point ces projets de parcs publics : nommé à 20 ans jardinier en chef à la ville de Paris (1860), où il participe notamment à la plantation des Buttes-Chaumont, Edouard André remportait en 1867 le concours pour la création de Sefton Park à Liverpool. Ayant réalisé
Ville de Cognac
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fleurs et mail planté, pergola, fleuristes et pépinières, châssis et serres de cultures, grotte, cascade, ravin avec ruisseau (Petite Suisse), esplanade et rochers, mais encore un certain nombre de ponts, passerelle ou gués, des bancs de repos, un banc couvert ainsi qu’un pavillon rustique. Son ampleur et son coût en condamnèrent l’exécution.
nouvelle coMMande en 1891
Cognac cependant trouva une nouvelle occasion de solliciter l’illustre créateur suite à l’achat d’un hôtel particulier situé au cœur d’un parc de plus de quatre hectares pour y installer l’hôtel de ville. A l’exemple du beffroi communal ajouté au bâtiment pour signifier sa fonction nouvelle, des aménagements étaient nécessaires pour faire de l’ancien parc privé un jardin public. Edouard André livra ce nouveau dessin en septembre 1891. Le projet se distingue du précédent sur plusieurs points : la parcelle étant enclavée en milieu urbain, la situation n’offre plus de vue dégagée sur les bords de la Charente ; une moindre superficie du terrain ; le parc accompagne un bâtiment public – sans compter l’évolution du style d’André. «Ce parc paysager assure des effets de surprise aux détours de ses allées sinueuses ; l’art du vallonnement est ingénieusement exploité pour agrandir l’espace, tandis que les différentes percées et les multiples vues encadrées accentuent la notion de distance» commente Laura Pagnier, auteur en 2002 d’une étude universitaire du projet d’André. Certaines légendes du
plan traduisent ces différences de niveau : au point de vue surélevé de la «salle verte» répond un «chemin creux». «En marchand le long du boulevard, le passant est surpris par cet îlot de verdure ; depuis l’avenue, la déclivité du terrain laisse entrevoir la pièce d’eau située au point le plus bas du parc. Ensuite le sol remonte doucement vers l’hôtel de Ville qui trône majestueusement au niveau le plus haut du terrain. Le visiteur ne découvre qu’après y être entré que le parc se prolonge à l’arrière du bâtiment, seconde partie aussi vaste que la première, mais uniformément plate, contrastant avec les vallonnements de la partie inférieure» remarque encore Laura Pagnier. Outre l’inévitable kiosque à musique et deux pièces d’eau, on trouve une grotte, un escalier et trois ponts rustiques, créations caractéristiques de l’art des rocailleurs qui modèlent en ciment armé des troncs d’arbres feints. Pour parfaire l’ensemble, le parc est agrémenté de nombreuses corbeilles de fleurs, tandis que le kiosque est environné d’un parterre et d’une pergola. Illustrant l’évolution du style de celui qui allait être nommé professeur d’architecture des jardins à l’Ecole d’horticulture de Versailles (1892), les deux grands dessins d’Edouard André sont conservés aux archives municipales. Grâce à l’ambition des élus cognaçais, ces projets prirent place dans une carrière qui se déroula sur la scène internationale : en Bulgarie, au Danemark, en Grande-Bretagne et en Hollande, en Italie et en Lituanie, au Luxembourg, à Monte-Carlo, en Suisse, et même en Uruguay. n
parc de l’hôtel de ville, septembre 1891.
page de gauche : projet d’embellissement du parc public de cognac, juillet 1884.
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