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Marie-Monique Robin

Notre poison quotidien. « Le monde selon Monsanto », c’est Marie-Monique Robin. La réalisatrice s’adresse aux lycéens agricoles de sa région natale.

Par Anh-Gaëlle Truong, photo Claude Pauquet.

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    résistance Le monde selon Monsanto, c’est Marie-Monique Robin. La réalisatrice s’adresse aux lycéens agricoles de sa région natale. Par Anh-Gaëlle Truong Photo Claude Pauquet notre poison quotidien g rand reporter plusieurs fois primé et fille d’agriculteurs des Deux-Sèvres, Marie-Monique Robin a publié son enquête sur la firme internationale Monsanto en mars 2008. Depuis, elle court de conférences en interviews. Son livre a été traduit en 16 langues, son film projeté dans 22 pays (Arte/La Découverte, 2008). Sa prochaine enquête, déclinée sous la forme d’un film et d’un livre, sortira en septembre 2010. Ce travail explore les incidences sur la santé des agriculteurs de l’utilisation de pesticides, insecticides et autres produits chimiques mais également les conséquences pour les consommateurs de l’ingestion des résidus de ces produits et des additifs alimentaires. Marie-Monique Robin est intervenue le 25 mai 2009 devant les élèves du lycée agricole de Bressuire qui venaient de visionner Le monde selon Monsanto. Nous avons recueilli ses propos à deux moments, la conférence de presse et son intervention même, et les avons rassemblés par thèmes. de la ferMe faMiliale à Monsanto 1. Les trois documentaires cités ont paru en 2005. 90 Mon intérêt pour l’agriculture et l’environnement est né sur la ferme de mes parents à Gourgé dans les Deux-Sèvres. Depuis 25 ans, j’essaie d’expliquer l’agriculture au monde des villes. Avant de m’inquiéter des OGM, je me suis préoccupée de la destruction de la biodiversité. J’ai commencé par une première enquête1 Blé : chronique d’une mort annoncée. Moi qui ne connaissais qu’un blé court et doré je me suis rendu compte de l’immense quantité de variétés de cette céréale. Il y a des blés rouges, noirs, bicolores, poilus… Ces variétés sont nées des sélections effectuées localement par les paysans. Au xixe siècle, la sélection est devenue un métier dont l’objectif principal était d’augmenter le rendement des cultures. La productivité est effectivement passée de 10 à 90 quintaux par ha mais les autres critères de sélection, par exemple les valeurs nutritives, ont été délaissés. Le nombre de variétés de blé sur la planète est passé de 300 000 à moins de 10 000. Aujourd’hui ce système agricole bute contre de nombreux obstacles : les plants, trop concentrés, sont des nids à insectes et à champignons, il faut plus de pesticides, il faut plus d’engrais, les sols sont dans un état lamentable et la réduction du nombre de variétés rend les cultures plus sensibles aux nuisibles et aux maladies, mettant en danger la sécurité alimentaire. Avec Les pirates du vivant, je me suis intéressée aux brevets. Les OGM sont brevetés et cela se traduit par la création aux Etats-Unis et au Canada d’une police des gènes qui vérifie que les plants ont bien fait l’objet du paiement de royalties. Ceci étant valable pour les champs contaminés par les OGM du voisin. Des centaines d’agriculteurs ont été condamnés et mis en faillite. Ce sujet m’a conduite à Monsanto. Le troisième documentaire, Argentine, le soja de la faim, fait le point sur les conséquences de la culture de 18 millions d’ha de soja Roundup Ready, le soja RR, en Argentine. Ce soja est un OGM de Monsanto, créé pour résister aux épandages de Roundup et donc pour vendre du produit. Or, le Roundup est éminemment toxique. A chaque fois, j’entendais le nom de Monsanto. J’ai donc proposé un film sur cette entreprise. Pendant l’enquête, j’étais inquiète. Beaucoup de journalistes et de scientifiques ont sonné l’alerte mais se sont fait licencier. J’ai anticipé en prenant un très bon avocat qui a tout lu et visionné avant la publication. Aujourd’hui, je ne peux pas me plaindre. Monsanto n’a absolument rien fait. Et quand les journalistes veulent contacter la firme à propos de mon enquête, c’est toujours no comment. Comme l’a écrit Le Monde, «qui ne dit mot consent». De nombreux sites internet se sont créés dans le monde, ce qui contribue à me protéger encore plus. les réactions après l’enquête ■ L’ActuALité Poitou-chArentes ■ n° 85 ■ les effets sur la santé Dans chaque être humain, on trouve 100 à 150 molécules chimiques (PCB, dioxines, phtalates…) qui interagissent entre elles et provoquent des maladies auto-immunes, Alzheimer, Parkinson, des cancers ou la maladie de Charcot. Et l’épidémie ne fait que commencer. Les hommes ont perdu la moitié de leurs spermatozoïdes depuis les générations de leurs pères et grandspères. De 15 % à 20 % des couples sont stériles. Le toxicologue canadien Richard Béliveau affirme que si on n’arrête pas cela tout de suite on ne pourra plus se reproduire dans 50 ans. Les données épidémiologiques enregistrent une augmentation de 83 % des cas de cancers hormonodépendants comme les cancers de la prostate et du sein. Les agriculteurs sont particulièrement malades. Mon père a un cancer de la prostate, je viens de comprendre pourquoi. Nous avons aussi compris que dans le Gaec de mon père quatre hommes étaient morts (cancer du foie, de la peau, leucémie) à cause des pesticides. Près de Gourgé, quatre cas de maladie de Charcot viennent d’être reconnus par la MSA comme maladie professionnelle. Manger un peu de poison le pas mais ceux qui l’ont fait sont vraiment heureux de ne plus avoir à passer les produits (parce que les agriculteurs n’aiment pas ça) et retrouvent le goût de leur travail. Notez qu’ils ont souvent les meilleurs comptes d’exploitation de leur secteur. D’accord, ils ne font plus que 40 quintaux par hectare mais ils achètent moins de produits et l’introduction de rotations diminue les insectes et le bio se vend mieux. conséquences des ogM Actuellement, il n’y a que deux sortes d’OGM cultivés : les OGM résistants aux pesticides comme les Roundup Ready et les OGM bT produisant une toxine insecticide. Je décris dans mon livre à quel point ces OGM ont des conséquences désastreuses aux Etats-Unis, au Canada, en Inde, en Afrique du Sud, en Amérique du Sud. Les produits chimiques sont toxiques. Les pesticides sont des perturbateurs endocriniens. Arrêtons de les qualifier de phytosanitaires. Il n’y a rien de sain dans ces produits, ils tuent. Les pesticides sont des armes de guerre adaptées à la destruction des insectes. Le 2,4,5-T et le 2,4-D sont des composants de l’agent Orange (ce dernier fait naître des garçons au pénis plus court ou aux testicules qui ne sont pas descendus). Il ne faut pas jeter la pierre aux agriculteurs, ni les culpabiliser. On leur a menti. L’Atrazine est interdite depuis seulement 6 ans. Et on ne sait que le Roundup est cancérigène que depuis 4 ans. D’ailleurs, le Danemark vient de l’interdire. Comment penser produire une nourriture saine quand il faut s’habiller en cosmonaute pour passer les produits ? Je n’utilise plus le terme d’agriculture conventionnelle. Pour moi, la seule conventionnelle, c’est le bio, le reste c’est de l’agriculture chimique qu’elle soit raisonnée ou intensive. Le produit, même en quantité légère, sera toujours là. Tous les pouvoirs publics savent qu’il reste des résidus de produits chimiques sur la nourriture. Et manger un peu de poison tous les jours, c’est pas bon, c’est tout. la seule alternative : le Bio tous les jours, c’est pas Bon Il y a 5 ans, vous ne m’auriez pas fait manger du bio. Mais avec le bio, on ne mange pas de gaz de guerre. Vous qui serez bientôt agriculteurs, prenez le train en marche. Beaucoup d’agriculteurs ont peur de franchir La création d’OGM “utiles” comme ceux résistant à la sécheresse ou produisant de la vitamine A est très complexe et bien loin d’être aboutie. En effet, Monsanto utilise une technique aléatoire (après avoir été bombardée de gènes, une cellule sur 1 000 attrape un gène comme elle peut et de manière différente à chaque fois) qui n’est pas utilisable pour obtenir des caractéristiques mettant en jeu plusieurs gènes, comme c’est le cas avec la résistance à la sécheresse. Les agronomes reconnaissent qu’ils sont encore très loin du compte. Et pour moi c’est de la poudre aux yeux car il n’est pas besoin de triturer les gènes pour obtenir des plantes résistantes à la sécheresse, il suffit d’aller puiser dans les réserves du Cimmyt (Centro internacional de mejoramiento de maiz y trigo) au Mexique pour croiser des blés d’Ethiopie avec d’autres… Mais il n’y a pas de brevets sur ces graines donc elles ne sont pas sur le marché. n ■ L’ActuALité Poitou-chArentes ■ n° 85 ■ 91

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    actu085juil2009_090-091.

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