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Promenades poitevines et littéraires

Promenades poitevines et littéraires. « La terrasse du beau parc qui porte le nom de l’intendant de Blossac domine, de sa tour à l’Oiseau, la vallée du Clain, éclairée au printemps de cerisiers et de pêchers en fleurs, toute blanche et rose, dominant le Clain vert », telle que la voyait Maurice Fombeure.

Par Grégory Vouhé, photos Olivier Neuillé – Médiathèque de Poitiers.

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    patrimoine promenades poitevines & littéraires «La terrasse du beau parc qui porte le nom de l’intendant de Blossac domine, de sa tour à l’Oiseau, la vallée du Clain, éclairée au printemps de cerisiers et de pêchers en fleurs, toute blanche et rose, dominant le Clain vert», telle que la voyait Maurice Fombeure. Par Grégory Vouhé Photos Olivier Neuillé - Médiathèque de Poitiers r 1. L’intendant encouragea une autre entreprise qui compte parmi les toutes premières de ce genre en province, l’érection d’une figure de Louis XIV sur la place désormais «royale». Il est piquant de remarquer que ses vestiges furent semble-t-il enfouis à Blossac, dans le massif triangulaire face à la tour à l’Oiseau. 2. Édition de 1793, dont la traduction diffère de celle publiée en 1931, citée dans Via Poitiers, 1998, p. 46. 98 ien de mieux pour pénétrer le regard porté au fil des siècles sur la diversité des parcs et jardins poitevins que les guides de voyage et les relations des visiteurs. A la toute fin du xixe, Ardouin-Dumazet signalait ainsi au tome XVI de son Voyage en France que «le parc immense des Jésuites, séparé de l’énorme et monumental collège de ces religieux [bâti à la fin des années 1850, depuis lycée des Feuillants] est voisin d’un petit jardin des Plantes bien tenu, comme il convient à une ville savante, siège d’une université.» Déjà Martin Libergé soulignait en 1570 que «la ville de Poictiers est située sur un lieu haut et eslevé […]. Aux coustaux et plus bas lieux, il y a en plusieurs endroicts des vignes, grands jardins, & force prez jusqu’à la muraille de la ville» : ville et campagne étaient intimement mêlées. Cette situation, qui longtemps perdura, explique que la création d’une promenade intra-muros ne soit pas antérieure au siècle des Lumières. Comme ce fut le cas avec Louis de Tourny à Bordeaux ou Nicolas Lamoignon de Basville à Montpellier, l’initiative, qui s’acheva aussi à la fin du règne de Louis XV, en revenait à l’intendant. Sous son impulsion des programmes d’embellissement des villes fleurirent d’ailleurs aux quatre coins de la province : à Lusignan, Melle et Saint-Maixent, aux Sables-d’Olonne, à Fontenay-le-Comte et Châtellerault. Dès 1686, soit deux ans avant le lancement des travaux de celle du Peyrou à Montpellier, l’intendant du Poitou Nicolas Foucault1 avait bien fait niveler puis planter de quatre rangs d’ormeaux une première promenade, mais la situation au-delà du pont Saint-Cyprien n’avait pas favorisé la fréquentation quotidienne de ces Cours à trois allées composées de 600 ormes maladifs. L’endroit, «aux jours saints, était le Longchamp de la ville, et l’on comptait trente ou quarante voitures», rapporte néanmoins le baron de Frénilly à la veille de la Révolution. La Description des principaux lieux de France…, de J.-A. Dulaure, énumère l’ensemble des Promenades publiques dont pouvaient bénéficier les Poitevins de 1789. D’abord «le Cours» puis «celle du pont Guillon, qui fut établie [par l’intendant Le Nain] en 1736 sur l’emplacement de l’ancien château des Comtes de Poitou ; le Clain la borde ; la vue en est pittoresque, & offre en perspective une chaîne de rochers & les ruines de l’ancien château. […] On met encore au rang des promenades la place [de la cathédrale] Saint-Pierre, nouvellement plantée [par l’intendant Blossac fils, en 1783], qui, dans la suite, pourra devenir plus agréable & plus fréquentée.» Cependant, «la plus belle est sans contredit le parc de Blossac». la Beauté du parc Le projet en avait été conduit pour l’essentiel de 1753 à 1772 (moins une portion de rempart construite en 1786) par le nouvel intendant du Poitou, Paul-EspritMarie de La Bourdonnaye, dont les armes de gueules à 3 bourdons de pèlerin d’argent se voient toujours au fronton de la grille d’entrée, posée en 1760. S’il s’était agi pour son prédécesseur Foucault de rétribuer des indigents employés à un ouvrage susceptible d’embellir la capitale de la province, l’achat au nom ■ L’ActuALité Poitou-chArentes ■ n° 85 ■ du roi d’une pièce de terre labourable appelée les Gilliers, située dans l’enceinte de ville, était cette fois destiné à faire des plantations de mûriers blancs pour élever des vers à soie. Le comte de Blossac combina ce dessein à celui d’une vaste promenade, de plus de 9 hectares, tracée par Bonichon, ingénieur du roi des Ponts et chaussées de la généralité. Arrivant à Poitiers le 2 septembre 1787, Arthur Young, l’agronome, note avec enthousiasme : «Ce qu’il y a de plus beau dans la ville, c’est la promenade, qui est la plus étendue que j’aie vue ; elle occupe beaucoup de terrain, et a des allées de gravier, etc., extrêmement bien soignées2.» Poursuivant son parcours, Ardouin-Dumazet à son tour «atteint la promenade de Blossac, dont parlait Young, et [qui est] devenue fort solennelle depuis le passage du voyageur anglais. Les arbres ont grandi, les tilleuls [plantés en 1837], bien taillés, forment une avenue grandiose», ponctuée d’un bassin à jet d’eau creusé en 1840. «Les édiles poitevins ont dénaturé l’aspect majestueux de cette promenade : ils ont remplacé une partie du parc français par les pelouses, les grottes, les cascades, les ponts rustiques d’un jardin anglais», regrette-t-il en 1898, avant de s’accorder à l’unisson des commentateurs : «La partie la plus belle de Blossac est la terrasse dominant le Clain», grâce à sa vue panoramique sur les jardins privés et la campagne alentour. «Cette promenade, fort élevée, & heureusement située, domine sur la rivière du Clain & sur la prairie ; on y respire un air pur, & on jouit d’une vue très-étendue & très-variée ; des vignobles immenses, des forêts, des villages, un lointain considérable, offrent un tableau riant & majestueux» concluait avec admiration Dulaure. Et Lavallée de renchérir à quelques années d’intervalle dans son Voyage paru en l’an III : «Cette promenade du parc que Poitiers doit à l’intendant Blossac est à-peu-près dans la même situation que la place du Pérou à Montpellier. Plantée sur un tertre extrêmement élevé, la vue s’étend sous un horizon immense, et suit avec plaisir le Clain dans ses replis, et les prairies dans leurs vastes développemens.» n plan géométral dédié à l’intendant. tous les massifs sont plantés de mûriers ; rasé en 1798 et remplacé par le grand pré, le bosquet à gauche de l’avenue était appelé le labyrinthe. en contrebas, l’extrémité de la promenade des cours. entrée du parc de Blossac, à poitiers, dessin de duché de vancy († 1788). ■ L’ActuALité Poitou-chArentes ■ n° 85 ■ 99

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    actu085juil2009_098-099.

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