fermer... Blutch est président du 37e Festival international de la bande dessinée à Angoulême.
Entretien Astrid Deroost
blutch ou le jeu de la curiosité
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hristian Hincker, alias Blutch, Grand Prix 2009 du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême, préside le jury de la 37e édition. Dessinateur virtuose, adepte de la suggestion et créateur de climats très personnels, l’artiste livre une œuvre diverse, résultante, dit-il, de sa nature très curieuse.
L’Actualité. – Vous êtes issu de l’Ecole supérieure des arts décoratifs de Strasbourg. quel a été votre cheminement vers la bande dessinée, et avant cela, votre rapport au dessin ? blutch. – J’ai été un lecteur assidu, primitif, de bande
dessinée et le goût de la lecture m’a donné, par je ne sais quelle magie, le goût de raconter des histoires. C’est le point de départ : surtout raconter des historiettes, des péripéties, des bagarres, des poursuites, des choses très enfantines. C’était une autre manière de jouer... aujourd’hui aussi, peut-être. J’ai toujours été celui qui dessine. Toutes mes études ont été orientées en ce sens jusqu’à l’école de Strasbourg. Dessiner, c’est ma manière de chanter. Mais je n’avais pas de dessein particulier, ni le but de m’exprimer, c’était davantage une manie. Les choses sont venues naturellement.
en dessinant depuis une vingtaine d’années. Je fais ce qui me passe par la tête et c’est plutôt agréable. J’ai commencé par un concours de circonstances. J’ai fait un concours de bande dessinée en 1987 organisé par Fluide Glacial et j’ai gagné le 1er prix : une publication dans le journal. C’était une bonne opportunité de faire mes armes, avant cela je ne savais trop vers quelle publication aller. J’ai travaillé une douzaine d’années pour Fluide Glacial dans un registre parodique (Waldo’s Bar, Mademoiselle Sunnymoon) au départ, puis satirique avec Blotch et en faisant des détours par l’autobiographie avec Le Petit Christian (L’Association) et des histoires plus poétiques, Peplum (Cornelius)...
Vos univers, vos registres – humoristiques, intimistes, épiques, oniriques –, votre dessin, votre façon de raconter varient.
On retrouve le goût du jeu, de l’amusement, de l’excitation et de la surprise. J’aime d’abord me surprendre moi-même. Plein de choses m’intéressent et je me verrais mal me cantonner à un seul type de pensée, ma seule direction est la curiosité.
Comment passez-vous d’un registre à l’autre avec, également, cette manière non conventionnelle de raconter ?
Vous faites partie de la nouvelle génération. Le grand Prix a récompensé votre œuvre déjà très dense commencée en 1988 dans Fluide glacial...
Beaucoup d’auteurs ont eu ce prix autour de la quarantaine. J’ai 42 ans, je suis dans la moyenne. Ce qui me différencie un peu, c’est que je ne suis pas un auteur commercial, célèbre. Je suis un peu obscur, vraiment un dessinateur confidentiel. Je n’ai jamais vendu beaucoup de livres... et ce n’est pas grave. Je gagne ma vie
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La vie est riche, compliquée, paradoxale... Ce (Grand) Prix m’amène à clarifier les choses quand j’aimerais qu’elles restent confuses, non formulées. Je n’ai pas de dogmes, pas de recettes toutes prêtes. J’essaie d’être attentif à tout. Je prends énormément de notes, sur tous les types de sujets, que je peux garder des années avant de les ressortir. C’est une espèce de banque d’images dans laquelle je pioche.
■ L’ACTuALITé PoITou-ChARENTES ■ N° 87 ■
bande dessinée
éditeur, on peut papillonner, il n’y a pas ce poids des écuries. Les pistes se sont diversifiées, démultipliées, toutes les écoles existent et aucune révolution n’a fait table rase du passé, Métal Hurlant n’a pas tué Spirou.
Vous usez de citations, de références, Sempé, jijé, Hergé... L’affiche du festival rassemble Zoé (Arthur et), Mickey, Filochard, Rintintin dans l’espace de la case, qui est aussi grille du jeu morpion. Est-ce un hommage à l’enfance, à vos maîtres de dessin, à l’essence du 9e art ?
Les trois. Les personnages ressemblent à des logos... J’avais envie de mettre mon propre travail artistique en retrait, de mettre en avant une vision plus gaie, vivante, simple... Ce festival est un événement populaire, qui appartient à tout le monde, je ne me l’accapare pas et l’affiche, que j’ai conçue avec Cizo, reflète cela.
L’exposition qui vous est consacrée pendant le festival est composée de dessins et non pas de planches, ni de commentaire sur votre carrière, pourquoi ?
Je n’ai pas tellement travaillé ma façon de raconter, je ne suis pas un très bon mécanicien... Elle vient de mon éducation esthétique, j’ai toujours aimé dans la littérature, le cinéma, la peinture, dans la musique surtout, ce qui est déstructuré, abstrait, âpre. En revanche, j’essaie de mettre l’accent sur le climat, d’exercer un maximum de pouvoir de suggestion, de convaincre par l’interprétation. Je tente de jouer le mieux possible. Chaque histoire dicte une autre manière de raconter, je suis obligé de changer mon dessin pour le marier le plus harmonieusement à l’ambiance que je veux faire passer.
Vers quels auteurs vont vos admirations ?
J’ai très peur de la rétrospective. J’ai choisi de montrer des dessins parce que les planches de bande dessinée, je trouve cela ennuyeux dans un musée ou dans une galerie. La plupart sont des dessins qui n’ont pas été vus, je trouve cela excitant et aventureux. Plus de trois cents de toutes tailles ont été sélectionnés, avec pour sujet principal, la figure humaine ou... tout ce qui est organique. La totalité des dessins du livre La Beauté sont accrochés, des dessins en couleur, ce qui va un peu à l’encontre de mon travail de bande dessinée qui tourne autour du noir et blanc, des dessins d’humour puisque j’ai travaillé pour le Figaro littéraire pendant deux ans.
Votre dessin est qualifié d’expressionniste. dans quel courant esthétique vous situez-vous ?
J’ai été un grand lecteur de bande dessinée, enfantine, et j’adore la bande dessinée... traditionnelle. Si je laisse de côté les classiques, parce que ce serait trop long, j’apprécie beaucoup de dessinateurs d’aujourd’hui : Christophe Blain, Emile Bravo, Riad Sattouf, Sébastien Lumineau, Annick Ricard, Nine Antico, Catherine Meurisse... On a un avantage sur des gens comme Franquin, on ne s’interdit rien. Nous ne sommes plus attachés à un
Exposition Blutch, place henri-Dunant, Angoulême, du jeudi 28 au dimanche 31 janvier.
Je ne sais pas où je suis... En ce moment, je travaille dans un registre très classique sur un livre qui s’appellera Adieu Paul Newman, en noir et blanc, avec un dessin que j’espère solide, des cases tracées à la règle, une histoire, des dialogues. Un travail qui s’approche de Vitesse Moderne, de La Volupté, ce sont des gens qui font n’importe quoi... n
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