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Jean-Paul louis et louis-Ferdinand Céline
Lettres d’un grand styliste
débuts d’écrivain sont totalement inédites, leur collecte a d’ailleurs beaucoup retardé Henri Godard, chargé de l’édition de la première partie, qui s’est heurté à des lenteurs de communication des manuscrits. «On voit apparaître très tôt ses vocations médicale et littéraire. Les lettres d’enfance contiennent des éléments qu’on retrouve noircis, transposés dans Mort à crédit et on se rend compte que toutes ses expériences en Afrique, en Amérique… lui servent dans le Voyage au bout de la nuit.» Ces lettres permettront-elles d’apaiser les habituelles réactions épidermiques dès que le nom de Céline est évoqué ? «à la présentation des Lettres début décembre à Paris, les échanges étaient neutres et paisibles. Pas de platitudes moralisatrices comme “l’homme est détestable, l’œuvre est admirable”. Peut-être est-il devenu possible qu’on se penche maintenant sur l’important : Céline est un des très rares grands stylistes du xx e siècle.» Un styliste qui n’aime pas écrire ainsi qu’il le confie à Paraz en mars 1949 : «Tu sais j’écris comme un médium fait tourner les tables avec horreur et dégoût.» Et qui, pourtant, fait de certaines de ces lettres de véritables manifestes de son style comme dans celle-ci, de nouveau adressée à Paraz, en septembre 1949 : «Un jour je me suis dit : pour aller de la gare Montparnasse à La Villette, il y a deux moyens ou bien y aller par les rues les Prix de L’édition 2009 trottoirs se faire rebuter bahuter retenir culbuter par les voitures, les cycles, les passants s’emmerder dans les encombrements ou s’y rendre directement par le métro – sous terre c’est-à-dire – ainsi du jaspinage grifouillage – se perdre dans les analyses, incidentes, périodes et patati, analyses surfines, repentirs et patata ou foncer dans l’intimité des choses tout droit – Mais gaffe ! sans perdre les rails, sans dérailler. Ces rails-là créés par l’auteur – le rythme c’est lui qui le trouve – la certitude, la boussole des ténèbres – et yop petit ! Tout ça n’a rien à voir avec Faulkner Zola Machinchouet ! s’enfoncer comme dans le métro dans le dedans du sujet – (sans doute un peu ce qu’ont fait les peintres impressionnistes).» Pour Jean-Paul Louis, impossible d’aimer un auteur et en même temps d’être torturé par l’idéologie. Si on ne peut pas, si on ne veut pas surmonter l’obstacle de l’immoralité, de l’antisémitisme et de la fureur chez Céline, alors on ne le lit pas. «Je suis contre l’ingérence de la morale dans l’appréciation littéraire.»
Anh-Gaëlle Truong
Claude Pauquet
ean-Paul Louis, créateur des éditions du Lérot à Tusson mais aussi spécialiste de Céline1, vient de coéditer avec Henri Godard à La Pléiade 1 780 lettres écrites par Louis-Ferdinand Destouches de son enfance à la veille de sa mort, le 30 juin 1961. Le fruit de 10 ans de travail. «Le résultat n’est pas une anthologie mais un aperçu en globalité de tous les destinataires connus et de toute son existence biographique et littéraire. C’est partiel mais cela reste un bon outil de travail.» Partiel car il est trop tôt pour faire une correspondance générale. Des lettres apparaissent régulièrement mettant au jour de nouveaux destinataires comme celle adressée à Emmanuel Berl remontée trop tard à la surface pour faire partie du corpus. «C’est certainement une des correspondances annotées parue le plus tôt après la mort de son auteur.» Partiel aussi parce que Gallimard ne souhaitait 1. Jean-Paul Louis pas faire deux tomes. «Pourtant, il y avait a édité la correspondance de Céline la matière puisque notre corpus contenait avec Albert Paraz et 5 000 ou 6 000 lettres. Nous n’en n’avons Marie Canavaggia aux gardé qu’un tiers.» Cahiers de la NRF et Mais l’ouvrage apporte deux éléments édite depuis 20 ans essentiels. L’ordre chronologique change L’Année Céline. l’éclairage sur la vie de Céline, chaque événement est mis en lumière différemEntretien avec Jeanment selon les destinataires. Et les 200 Paul Louis dans premières pages portant sur l’enfance de L’Actualité n° 66, Louis-Ferdinand Destouches jusqu’à ses oct. 2004.
10
J
Lettres de Céline, édition établie par Henri Godard et Jean-Paul louis, Gallimard, la Bibliothèque de la Pléiade, 2 080 p., 59 € jusqu’au 31 janvier 2010 (ensuite 66,50 €).
Jean-Paul Louis vient de recevoir le Prix de l’édition en PoitouCharentes attribué par le Centre du livre et de la lecture pour l’ensemble de son travail. Dans ce cadre, le Centre achètera dans les librairies indépendantes de la région pour l’équivalent de 3 000 € de livres édités par Jean-Paul Louis et les distribuera dans les bibliothèques de la région avec une brochure de présentation des éditions du Lérot. Plusieurs ouvrages de Maurice Ciantar (1915-1990) seront proposés. Depuis 1982, les éditions du Lérot défendent l’œuvre de cet écrivain singulier, très remarqué par ses débuts de romancier à la Vallès (la trilogie autobiographique de Jacques Vorageolles, 1947), puis journaliste boulevardier de talent, et qui disparut volontairement de
la scène éditoriale sans jamais cesser d’écrire. Il fit une «rentrée» tonitruante en publiant en 1969 Mille jours à Pékin, récit de son séjour en Chine, qui fut un beau pavé dans la fabrication du mythe maoïste où se délectait l’intelligentsia française de l’époque. Les éditions du Lérot publieront au 1er trimestre 2010 un très fort volume de et sur Ciantar, dû à Éric Séébold, Jacques Vorageolles et ses ombres.
Jean-richard BLoch
Les éditions du Lérot publient la Correspondance Jean-Richard Bloch / André Baillon 1920-1930, édition établie et annotée par Maria Chiara Gnocchi (208 p., 25 €). Les lettres de ces deux écrivains nous plongent dans le bouillonnement de l’univers littéraire et intellectuel français et belge de l’entre-deux-guerres.
■ l’aCtualité Poitou-CHarentes ■ n° 87 ■
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