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Oiron, un visage retrouvé

Oiron, un visage retrouvé. « Délices des ducs de Roannez » selon Saint-Simon, le château d’Oiron dévoile à nouveau l’un de ses secrets.

Par Grégory Vouhé, photos Château d’Oiron -CMN, Christian Vignaud – Musées de Poitiers.

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    patrimoine «Délices des ducs de Roannez» selon Saint-Simon, le château d’Oiron dévoile à nouveau l’un de ses secrets. Par Grégory Vouhé oiron Un visage retrouvé a ux lendemains de la Révolution qui les a ravagés, les fastueux décors d’Oiron sont chichement réparés. La richesse qui les caractérise contraste singulièrement avec cette remise en état sommaire, pratiquée à l’économie. Dans la chambre du Roi, un modeste papier peint rayé est ainsi tendu en place des tapisseries disparues, tandis que le trumeau de la cheminée est garni tant bien que mal d’un grand portrait anonyme réchappé du désastre. Des toiles de Claude Rutault, dont quelques «portraits de famille fantômes», occupent depuis 1992 ces emplacements à nouveau vides depuis la restauration des années 1970 qui avait éliminé les ajouts postérieurs à la création du décor. Le portrait avait alors été déposé dans l’atelier du restaurateur, où on l’oublia pendant vingt ans avant de le redécouvrir et de le restaurer. Mais remisé dans les bureaux du second étage du pavillon du Roi, il n’est toujours pas visible : un temps présentée dans la grande salle de l’appartement royal – on croit à tort qu’elle constitue un vestige du décor perdu –, la toile est en effet bientôt jugée nuisible à la lisibilité des douze Corps en morceaux de Daniel Spoerri. l’incognito persiste Le chiffre AT abondamment répété tant sur l’armure que sur les broderies du col a fait couler beaucoup d’encre. Dumolin, un des meilleurs historiens du château, rappelait déjà en 1931 que l’on avait tenté d’identifier le personnage avec un La Trémoïlle, ou 46 Château d’Oiron – CMN ■ L’ACTuALITé PoITou-ChARENTES ■ N° 87 ■ même avec l’amiral de Tourville ! Et de conclure : ce n’est que l’imitation maladroite, faite au temps de Louis Gouffier, du monogramme de son arrière-grand-père Artus. Cet arrêt n’a pas pour autant mis un terme aux spéculations les plus farfelues. Un architecte versaillais des monuments historiques a récemment voulu y reconnaître les initiales de Frédéric-Mauria de La Tour, sans naturellement être en état d’étayer cette nouvelle proposition hasardeuse : que vient faire un A dans le chiffre d’un La Tour ? Le débat risquait de s’enliser jusqu’à la production d’un rapprochement convaincant. D’autant qu’Elie Brackenhoffer, un Strasbourgeois de passage au château en 1644, y avait vu dans la salle du Roi des portraits «sous des noms supposés et des costumes de princes grecs». Si, d’évidence, il ne s’agit pas d’une figure costumée à l’antique, ce qui exclut donc formellement qu’elle appartienne au décor originel de cette pièce, il y avait par contre toute chance qu’un chiffre de fantaisie, loin d’indiquer l’identité du modèle, égare en fait un spectateur mal avisé… avant l’apparition d’un renseignement fiable. Or il existe dans les réserves du musée de Poitiers un portrait dont la physionomie, au-delà de l’air de famille que confère le genre du portrait de cour, est analogue à celui d’Oiron. Surtout, les deux représentations ont en commun une marque distinctive : le sourcil gauche fendu, comme la cicatrice en creux laissée par un coup d’épée qui capterait la lumière. Malgré la qualité inférieure de la toile de Poitiers, et un probable écart de dates de réalisation, ce signe particulier a valeur de preuve : il s’agit bien du même modèle portraituré sur les deux toiles. Mieux, le tableau conservé au musée porte une inscription, «mrle dvc de rovanes, pair de franse», confirmant le lien avec le château, qui avait fait «les délices des ducs de Roannez1» selon la jolie expression de Saint-Simon. La toile est ainsi traditionnellement présentée comme le portrait du gouverneur du Poitou depuis 1651, Artus Gouffier, né en 1627. Seul Jean Mesnard, dans le cadre de sa thèse sur Pascal et les Roannez, a préféré y reconnaître son grand-père Louis († 1642). Les compilateurs trop pressés ou trop paresseux pour en lire la mille et huitième page ont hélas ignoré ses raisons convaincantes : le style du vêtement et de la moustache sont bien ceux du temps de Louis XIII ; malgré des lettres de jussion obtenues en SigNES diStiNCtiFS 1620 par Louis Gouffier, l’érection en pairie de son duché en 1612 n’avait pas été enregistrée. Sous-entendu : ses successeurs ne purent donc légitimement se parer du titre de pair sur leurs portraits officiels. L’argument décisif en faveur de Louis vient donc aujourd’hui directement d’Oiron : c’est lui, et non Artus, qui avait commandé à des peintres parisiens des décors d’une richesse capable de rivaliser avec celle du Palais du Luxembourg et du château voisin de Richelieu, ainsi que plusieurs dizaines de portraits. Celui d’un sosie du duc étant naturellement à exclure en ce lieu, le château d’Oiron conservait donc sans qu’on s’en soit jamais douté un «portrait déguisé» de l’homme qui avait entrepris de le rebâtir en 1625. Une toile sans doute sortie sinon de l’atelier, du moins issue de l’entourage immédiat des Beaubrun. Le musée de Poitiers ne perd pas pour autant d’effigie illustrant l’histoire de l’ancien Poitou. Au contraire. Par contrat de mariage passé le 6 juillet 1600, le duc d’Elbeuf son beau-père s’était en effet désisté du gouvernement de Poitiers en faveur de Louis, faisant ainsi entrer la charge dans le patrimoine Gouffier. On sait désormais quels étaient les traits de cet important personnage, qui contribua à faire d’Oiron une des plus splendides demeures de la province, dont le chantier annonce celui du château de Thouars. n qUEL goUVERNEUR ? 1. Ce sont les terres du Roannais qui furent érigées en duché en 1566 : trop modeste, la seigneurie d’Oiron dépendait de celui de Thouars, créé trois ans auparavant au profit du duc de La Trémoïlle. Louis Gouffier signait effectivement «Rouanes», comme c’est écrit sur son portrait, mais l’usage moderne a consacré la graphie «Roannez». Portraits de Louis gouffier conservés au musée de Poitiers (0,65 x 0,52 m), et, page de gauche, au château d’oiron (2 m x 1,24 m). En haut, carte postale ancienne montrant la toile au trumeau de la cheminée de la chambre du Roi. Les décors exécutés pour Louis Gouffier à oiron font l’objet de l’une des trois études de Grégory vouhé consacrées aux arts en Poitou au temps de Richelieu, réunies dans le dossier du t. vIII de la Revue historique du Centre-Ouest, 1er semestre 2009. A compléter par «Madame de Montespan à oiron», L’Actualité n° 78, «oiron. La galerie restaurée», L’Actualité n° 86. ■ L’ACTuALITé PoITou-ChARENTES ■ N° 87 ■ 47 Christian Vignaud – Musées de Poitiers

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    Actu087janv2010_46-47.

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