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Patrimoine / culture

Patrimoine / Culture – Manuscrits révolutionnaires. Quatre manuscrits de Louis Desbrandes (1742-1817) ont été acquis en décembre dernier par les archives d’Angoulême. Par Astrid Deroost, photo Archives municipales d’Angoulême. ;

Les demeures de l’esprit. Nouvel ouvrage de Renaud Camus ;

Salut à vous ! Troix textes de Bernard Ruhaud, écrits à des années d’écart, ont été rassemblés en un seul volume par Maurice Nadeau. Par Camille Lecoq, photo Bruno Veysset ;

Chez les bourreaux. Alberto Manguel a préfacé le livre de Victoria Donda, « Moi, Victoria, enfant volée de la dictature argentine ». Par Jean-Luc Terradillos.

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    patrimoine louIS DESbRANDES Manuscrits révolutionnaires c hroniques d’une ville par Louis Desbrandes (1742-1817), maire d’Angoulême de 1791 à 1792, et pendant quelques jours de 1795, acteur et rapporteur précis, entre autres, de la période révolutionnaire. Tels sont les étonnants manuscrits achetés en décembre dernier par les archives d’Angoulême lors d’une vente parisienne à l’hôtel Drouot. Les quatre ouvrages acquis complètent les contributions déjà référencées de l’érudit, maître ès arts, professeur puis édile, qui n’eut de cesse d’écrire sur sa ville. Deux volumes toutefois proposent une approche inédite de l’histoire locale. Les Annales de la ville d’Angoulême et du pays d’Angoumois couvrent une pé- riode allant de l’an 260 à la Restauration. Année par année, l’auteur restitue un impressionnant travail de compilation historique et ajoute, pour la période qui lui est contemporaine, des informations foisonnantes de détails. «Louis Desbrandes a vécu une période charnière, le passage entre l’ancien et le nouveau régime. Il a été confronté à des événements extraordinaires, il est à la fois acteur et témoin. Pour les chercheurs, ces ouvrages représentent une source nouvelle, une mémoire d’Angoulême dont on n’a pas d’autres traces», explique Florent Gaillard, responsable des archives municipales. L’auteur embrasse tous les champs : politique, économique, social, climatique, urbanistique, relie le national au local et donne, des événements qu’il a connus, des descriptions d’une tonalité presque journalistique. Ainsi de la convocation des États généraux, de l’inauguration du temple de la déesse Raison en la cathédrale Saint-Pierre d’Angoulême ornée, pour la circonstance, d’une statue de la liberté, des bustes de Rousseau et Voltaire... ou encore du passage des troupes de l’Empire en partance pour l’Espagne et de la terrible sécheresse de 1803. Le troisième ouvrage nouvellement acquis propose également un découpage annuel de l’histoire de la ville, enrichi notamment de dessins aquarellés d’Angoulême. Le dernier manuscrit recense les villes capitales de France, les maisons royales, les abbayes, les cours de justice, les rivières... L’ensemble des livres, comptant récits, anecdotes et tables, représentent quelque 2 800 pages dictées par un esprit rigoureux et synthétique. Comme cela a été vérifié pour ses précédents opus, Louis Desbrandes allait à la source, consultait les ouvrages historiques, les documents manuscrits, archives du corps de ville, diocésaines, privées... «C’est un homme des Lumières, bercé tout jeune par l’Encyclopédie. Ses manuscrits au style un peu lourd, répétitif, mais à l’écriture parfaite, sont présentés comme des ouvrages imprimés, remarque Florent Gaillard. Il rêvait d’être publié et, chose rare pour un homme politique local qui a autant écrit sur sa ville, il ne l’a jamais été.» Astrid Deroost Archives municipales d’Angoulême Les demeures de l’esprit d ans le précédent ouvrage, Renaud Camus avait visité la maison de Pierre Loti à Rochefort et, en Charente, le Maine-Giraud d’Alfred de Vigny, aux limites de notre région, la tour Montaigne à Saint-Michel-de-Montaigne, les châteaux de Brantôme en Dordogne, la maison de Jean Giraudoux à Bellac. Ce nouveau volume des Demeures de l’esprit est consacré au Nord-Ouest de la France Après Zozo, chômeur éperdu paru l’an dernier (L’Actualité n° 85), voici un nouveau livre de Bertrand Redonnet aux éditions le temps qu’il fait : Géographiques (96 p., 15 e). Signalons Les périls de Londres, photographies et poèmes de Sylvie Doizelet et jean-Claude Pirotte (96 p., 17 e). l’éditeur a lancé une nouvelle collection semi-poche, «Corps neuf», avec trois titres : Atelier 62, de martine Sonnet (200 p., 12 e), Le père Serge, de Tolstoï (96 p., 8 e), Traquet motteux, de jean-loup Trassard (160 p., 10 e). À partir de ses collections collectées à la fin du xixe siècle sur les quatre continents, le musée ErnestCognacq de Saint-martin-de-Ré a conçu une exposition sur les évolutions du regard des Européens sur les sociétés extra-européennes. Du 10 avril au 14 mars 2011. Tél. 05 46 09 21 22 au teMps qu’il fait Archives municipales d’Angoulême (Fayard, 590 p., 29,90 e), toujours illustré des photos de l’auteur. Il nous conduit chez Rabelais à la Devinière (Seuilly), Honoré de Balzac à Saché, René Descartes à Descartes. En Vendée, Renaud Camus a choisi de s’arrêter chez Georges Clemenceau à Saint-Vincent-sur-Jard et au château de Terre-Neuve à Fontenayle-Comte qui accueillit Nicolas Rapin et Georges Simenon. le goût des autres 8 ■ l’ACTuAlITé PoITou-ChARENTES ■ N° 88 ■ culture bERNARD RuhAuD Salut à vous ! s alut à vous ! est une autobiographie. Bernard Ruhaud le confirme : «Je suis fidèle à ce dont je me souviens», mais il ajoute «on sait combien la mémoire est subjective». Trois textes, écrits à des années d’écart et rassemblés en un volume par Maurice Nadeau, dévoilent les souvenirs d’enfance, de l’adolescence et un peu de l’âge adulte de leur auteur. Bernard Ruhaud a rédigé La première vie pour ses enfants. Ce livre au «caractère spontané, presque urgent» n’avait pas l’ambition d’être publié. Pourtant, Bernard Ruhaud se laisse convaincre et le texte paraît pour la première fois en 1999 chez Stock. Dans un style froid et assez brut, des phrases courtes et descriptives explorent les jeunes années de l’auteur. Avec la subjectivité d’un regard d’enfant, il raconte la vie dans un quartier pauvre de Nanterre, où son père militait activement au parti communiste. Les souvenirs semblent réapparaître sous sa plume et l’accumulation d’anecdotes fait peu à peu sens. Comme un fil rouge qui traverse toutes les époques, la disparition de sa mère, décédée alors qu’il avait 9 ans, hante chaque page du roman. Bernard Ruhaud lui rend un hommage pudique dans ce texte. La tonalité de la seconde partie du roman est nettement différente. Le style plus affiné de On ne part pas pour si peu rend la lecture de ce récit plus légère. C’est sur une trame historique des révoltes sociales de 1968 que Bernard Ruhaud illustre ses années d’adolescent, après la fugue de chez son père. Dans ce texte semblable à un court roman d’apprentissage, l’auteur vit une rupture avec le parti communiste, des petits boulots et ses premières amours dans la ville de Toulouse. Bruno Veysset Sept ans après la publication de la seconde partie, Bernard Ruhaud écrit Tout a été dit. Un titre sans équivoque, pour un texte définitivement plus mature. Les déambulations de la jeunesse ont fait place à la contemplation de l’âge adulte. Bernard Ruhaud se livre davantage. Le récit se concentre sur la famille, la mort de son père, la rencontre de sa femme. Il évoque longuement et avec regrets son frère René, décédé sans qu’il n’ait le temps de renouer des liens avec lui. Les phrases, doucement poétiques, font parfois écho à la première partie, notamment lorsqu’il écrit : «Ma mère douce et morte au plus noir de la ville et au plus froid des nuits.» Une mère omniprésente, sans qui aucune de ses lignes ne serait écrite. «Peut-être que comme dans La première vie avec ma mère, j’ai écrit Tout a été dit pour retrouver et faire revivre mon frère.» Bernard Ruhaud ne nie pas l’aspect libérateur de l’écriture. Il reconnaît même un sentiment de plénitude après la rédaction de ses textes. Malgré les quelques réticences du premier récit, il finit par se livrer à un lecteur, qui peut éprouver une sensation de voyeurisme. Le roman s’achève à La Rochelle, où vit aujourd’hui Bernard Ruhaud, se stoppant tout aussi net qu’il avait commencé et nous laissant habités d’une troublante impression d’empathie. Camille Lecoq À paraître aux éditions Maurice Nadeau. Chez les bourreaux a lberto Manguel a préfacé le livre de Victoria Donda, Moi, Victoria, enfant volée de la dictature argentine (Robert Laffont, 270 p., 20 €). Bouleversant témoignage d’une fille de «disparus», née en 1977 dans un centre de torture clandestin de Buenos Aires (l’École supérieure de mécanique de la marine, ESMA) durant la plus sanglante des dictatures militaires. De 1976 à 1983, ce régime a fait disparaître 30 000 personnes. Arrachée à sa mère qui fut ensuite «transférée», c’est-à-dire assassinée, elle a été placée chez des proches des bourreaux qui l’ont appelée Analia. Les Mères de la place de Mai estiment que 500 enfants ont été ainsi volés. À 27 ans, Analia découvre sa véritable identité. Pendant plusieurs mois, elle se sent complètement détruite. Celui qu’elle croyait son père a sans doute été un tortionnaire de l’ESMA. Mais, comble de l’horreur, elle apprend que ses parents ont été arrêtés, torturés et assassinés sur les ordres de son oncle, Adolfo Donda, le militaire de la famille. Analia va se reconstruire en devenant Victoria. Inconsciemment elle a déjà effectué une partie du chemin puisque depuis des années elle a milité dans des partis d’extrême gauche, rejoignant ainsi le combat pour lequel ses parents sont morts. La solidarité de ses amis et camarades lui a permis de ne pas sombrer. Victoria Donda a été élue au Congrès en 2007. C’est la plus jeune députée argentine. Ce terrible récit est aussi un témoignage sur l’après-dictature, en particulier sur la présidence de Carlos Menem dont la politique néolibérale mena l’Argentine à la faillite en 2001. Cette lecture peut être complétée par celle d’un autre livre préfacé par Alberto Manguel, L’abattoir d’Esteban Echeverria (L’Escampette éditions, 72 p., 12 €), court texte publié pour la première fois en 1871 inspiré par la dictature de Juan Manuel Ortiz de Rosas en Argentine. «La tyrannie n’admet pas les critiques, écrit Alberto Manguel. Quiconque s’oppose à l’abattoir devient sa victime, car l’abattoir ne souffre ni interlocuteur ni adversaire.» Il s’interroge aussi sur les «contaminations plus discrètes» qui s’installent dans nos sociétés démocratiques «où le besoin d’imposer une discipline civique prétend justifier les abus d’une violence étatique de plus en plus impunie». J.-L. T. 9 ■ l’ACTuAlITé PoITou-ChARENTES ■ N° 88 ■

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    Actu088avr2010_08-09.

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