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Patrimoine culturel
La vie ouvrière retrouve sa mémoire I
mages d’une usine papetière filmée en Charente en 1949, paroles d’anciens manuchards de Châtellerault ou de salariés de l’usine métallurgique Domine à Naintré... Mémoires ouvrières, étude1 lancée en 2009 par le Service régional de l’inventaire du patrimoine culturel, livre ses premiers butins (L’Actualité n° 86). Le vaste et patient projet qui courra jusqu’en 2013 consiste à collecter, via des témoignages oraux, les souvenirs des hommes et des femmes qui ont travaillé dans les établissements industriels du Poitou-Charentes. Des documents écrits, sonores, des films, des iconographies sont également moissonnés. L’enquête s’attache à la dimension humaine, au vécu collectif des ouvriers des deux derniers siècles, traverse différents thèmes (travail des enfants et des femmes, pénibilité, syndicalisme, immigration, organisation du travail, de la formation professionnelle, occupation du temps libre...) et s’appuie sur les lignes de force de l’inventaire, matériel, du patrimoine industriel précédemment réalisé. Pour chaque département, les activités les plus représentatives et les plus caractéristiques d’un bassin industriel ou d’une localité ont été choisies avec, pour chaque lieu, une problématique particulière. Le plus souvent des époques charnières dont les incidences ont fortement marqué la vie ouvrière. La fermeture de la manufacture d’armes en 1968 à Châtellerault, l’arrivée de l’électronique dans les papeteries de Charente, l’après arsenal à Rochefort, les laiteries coopératives dans les Deux-Sèvres...
«Dans un premier temps, l’objectif est de constituer un fonds documentaire accessible à tous», précise Pascale Moisdon-Pouvreau, au Service de l’inventaire. Pour mener l’enquête, appel est fait aux compétences locales : associations, chercheurs, musées déjà détenteurs de savoirs et d’archives. La population, acteur premier invité à témoigner lors d’entretiens, est également destinataire d’expositions. Ces événements sont tantôt lieu de restitution de la mémoire humaine, sociale, déjà mise au jour, tantôt lieu de sensibilisation au projet.
cours sur la papeterie,
En Charente, la recherche en
pilotée par Denis Peaucelle, conservateur à Angoulême du Musée du papier, a débuté en octobre 2010 par une projection publique de films amateurs inédits. Les documents ont été rassemblés et montés par Trafic Image, association qui, à l’instar d’une cinémathèque, collecte, conserve, contextualise et diffuse le patrimoine filmé de ce département.
Les bobines exhumées, dons d’amateurs (particuliers, syndicats, comité d’entreprise...), redonnent à voir une industrie prospère jusqu’aux années 1970 et qui, pendant près d’un siècle et demi, employa de façon permanente entre 2 000 et 6 000 personnes. Les plus anciennes images (1949) tournées au sein de l’usine Lacroix restituent l’organisation du travail, les gestes, les savoir-faire et des lieux aujourd’hui disparus. L’entreprise d’Angoulême d’où sortaient les petits cahiers de papier à cigarette Riz-Lacroix a brûlé en 1962. «Pour la papeterie nous avons beaucoup de photos mais très peu de documents filmés, ces films sont exemplaires et sont un bon moyen d’inviter les gens à témoigner», reconnaît Denis Peaucelle. «Il nous a semblé intéressant de nous positionner avant et après cette période de transition que représente l’arrivée de l’électronique dans la fabrication du papier à partir des années 1970», poursuit le conservateur. Selon lui, des entreprises ont disparu faut d’avoir su, ou pu, moderniser l’outil de travail. Et le paysage social, humain, en a été transformé. La Charente comptait vingt-cinq unités de fabrication de papier en 1999. Elle ne sont plus que cinq actuellement.
Dans la Vienne, des témoignages
Images extraites d’un film tourné dans l’entreprise Lacroix en 1949 à Angoulême. Ci-contre, un ouvrier de l’usine métallurgique de Domine effectuant une soudure sur une crépine Johnson, dans 1970. Région Poitou-Charentes - Inventaire général - coll. part.
et de salariés de l’usine métallurgique Domine ont été recueillis. Cette parole ouvrière a été présentée à Châtellerault et à Naintré lors de conférences-expositions, temps de transmission et de réappropria-
oraux d’anciens manuchards
Trafic Image
les années
Trafic Image
1. Un comité scientifique, composé d’experts en histoire, géographie, ethnologie, sociologie, anthropologie et économie, a été constitué afin d’assurer le suivi scientifique de l’opération.
tion d’une mémoire collective. «L’intérêt est de donner corps à la vie ouvrière, explique Fabrice Bonnifait, responsable du Service régional de l’inventaire. Non pas seulement pour se tourner vers le passé mais pour mieux comprendre ce qui se passe aujourd’hui.»
http://inventaire.poitou-charentes.fr/
■ L’Actualité Poitou-Charentes ■ N° 91 ■
Astrid Deroost
37
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